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Les comptes en ligne d’une personne décédée ne disparaissent pas d’eux-mêmes : sans demande, les profils restent en ligne. La loi Informatique et Libertés (article 85) permet aux héritiers de les faire clôturer, de s’opposer à la poursuite du traitement des données et de récupérer ce qui est utile à la succession, sauf si le défunt a laissé des directives différentes. Chaque plateforme a sa propre procédure, presque toujours sur présentation d’un acte de décès : Facebook propose un compte de commémoration, Google un gestionnaire de compte inactif, Apple un contact légataire.
Cette page traite de la vie numérique du défunt : réseaux sociaux, messagerie, stockage en ligne, abonnements souscrits sur internet. Les contrats du quotidien (énergie, assurances, bail) sont traités dans notre page sur la résiliation des contrats après un décès, et la téléphonie dans celle sur la résiliation des abonnements. La vue d’ensemble des démarches figure dans notre guide des formalités après un décès.
Que dit la loi sur les données d’une personne décédée ?
Le règlement général sur la protection des données (RGPD) ne protège que les personnes vivantes. En France, l’article 85 de la loi Informatique et Libertés, issu de la loi pour une République numérique du 7 octobre 2016, permet à chacun de définir de son vivant ce qu’il souhaite pour ses données personnelles après son décès. Ces directives peuvent être modifiées ou annulées à tout moment, et elles s’imposent aux héritiers et aux proches.
Si le défunt n’a rien prévu, la CNIL indique que les héritiers peuvent, pour régler la succession ou signaler le décès, demander la clôture des comptes, s’opposer à la poursuite des traitements, faire mettre à jour les données, accéder aux informations utiles au partage de la succession et recevoir les biens numériques ou les souvenirs de famille transmissibles. Un héritier lésé peut saisir la justice, notamment si l’utilisation des données porte atteinte à la mémoire ou à l’honneur du défunt.
- Directives générales
- Une sorte de « testament numérique » portant sur l’ensemble des données, confié à un tiers de confiance, par exemple un notaire, chargé de veiller à son application.
- Directives particulières
- Des consignes pour un service précis (un réseau social, une messagerie), communiquées directement à ce service. Elles ne peuvent pas résulter de la simple acceptation des conditions générales.
- Contact légataire
- Une personne désignée dans les réglages d’un service (Apple, Facebook, Google) pour gérer le compte ou recevoir certaines données après le décès.
Héritier : peut-on lire les messages du défunt ?
Pas librement. La CNIL rappelle qu’un compte reste par principe strictement personnel et couvert par le secret des correspondances. Les héritiers peuvent obtenir ce qui est nécessaire au règlement de la succession (par exemple des factures, des relevés, des contrats reçus par e-mail) et les souvenirs de famille transmissibles, comme des photos, mais pas un accès général aux échanges privés. Les plateformes appliquent leurs propres règles et refusent souvent de communiquer les identifiants.
Utiliser le mot de passe du défunt pour se connecter, même s’il était noté dans un carnet, expose à des difficultés : certains services interdisent cet usage dans leurs conditions, et la connexion peut déclencher des alertes de sécurité ou bloquer le compte. Mieux vaut passer par la procédure officielle de chaque service.
Les procédures des grandes plateformes
Chaque service fixe sa démarche. Le tableau résume les options décrites par la CNIL et par les pages d’aide des plateformes au 12 octobre 2026.
| Service | Ce que le titulaire peut prévoir | Ce que les proches peuvent demander | Pièces habituellement demandées |
|---|---|---|---|
| Désigner un contact légataire ou programmer la suppression du compte | Transformation en compte de commémoration, suppression, accès à certaines données | Preuve du décès (acte, avis de décès) | |
| Pas de légataire mentionné par la CNIL | Signalement pour commémoration ; suppression réservée aux ayants droit via formulaire | Acte de décès, justificatif du lien | |
| Google (Gmail, Drive, Photos, YouTube) | Gestionnaire de compte inactif : jusqu’à 10 personnes prévenues après la période d’inactivité choisie, avec ou sans partage de données | Clôture du compte, récupération de fonds ou de données via formulaire | Acte de décès, pièce d’identité du demandeur |
| Apple (iCloud) | Contact légataire (iOS 15.2, iPadOS 15.2 ou macOS 12.1 minimum) | Accès aux données par le contact légataire | Clé d’accès générée lors de la désignation et acte de décès |
| Autres (LinkedIn, X, TikTok, Snapchat, WhatsApp, Microsoft…) | Selon le service | Procédure propre à chaque service, recensée par la CNIL | Justificatif de décès, pièce d’identité |
Facebook : commémoration ou suppression
Un compte transformé en compte de commémoration reste en ligne, mais il est signalé comme celui d’une personne décédée. Si le défunt avait désigné un contact légataire, celui-ci peut gérer certains éléments du compte selon les règles de Facebook. La famille peut aussi demander la suppression pure et simple du compte, ou l’accès à certaines données, avec une preuve du décès.
Google : le gestionnaire de compte inactif
De son vivant, le titulaire choisit une période d’inactivité au terme de laquelle jusqu’à 10 personnes reçoivent un e-mail, avec ou sans lien de téléchargement des données qu’il a choisi de partager. Si rien n’a été prévu, les proches passent par un formulaire de Google pour demander la clôture du compte ou certaines données.
Apple : le contact légataire
Le titulaire peut désigner un ou plusieurs contacts légataires. Après le décès, le contact présente la clé d’accès reçue lors de la désignation et l’acte de décès. Il accède alors aux photos, documents et sauvegardes, mais pas aux films, musiques et livres achetés, aux abonnements ni au trousseau iCloud (mots de passe et moyens de paiement).
Comment demander la clôture d’un compte, étape par étape ?
- Recensez les comptes : messagerie, réseaux sociaux, sites marchands, banques en ligne, services de stockage. Les e-mails reçus par le défunt et ses relevés bancaires sont les meilleurs indices.
- Vérifiez s’il existe des directives : auprès du notaire, dans les papiers personnels, ou dans les réglages du service (contact légataire).
- Rassemblez une copie de l’acte de décès, votre pièce d’identité et un justificatif de votre lien avec le défunt (livret de famille, acte de notoriété).
- Utilisez le formulaire « décès » ou « compte d’une personne décédée » de chaque service, depuis sa page d’aide.
- Conservez les confirmations de clôture, et récupérez avant la clôture ce qui est utile à la succession (factures, contrats, soldes de cagnottes).
Les abonnements en ligne : streaming, applications, achats récurrents
Les abonnements payants (vidéo, musique, stockage, presse numérique, applications) continuent d’être facturés tant qu’ils ne sont pas résiliés. Si la carte bancaire est liée à un compte individuel, les paiements seront rejetés dès que la banque bloque le compte ; sur un compte joint, ils continuent. Depuis le 1er juin 2023, tout professionnel qui permet de souscrire en ligne doit proposer une fonction gratuite de résiliation en ligne (article L215-1-1 du Code de la consommation), mais elle suppose l’accès à l’espace client. À défaut, écrivez au service client avec l’acte de décès et demandez la résiliation à la date du décès.
Préparer sa propre succession numérique
Le plus simple est d’agir de son vivant : désigner un contact légataire sur les services qui le permettent, rédiger des directives générales confiées à un notaire ou à une personne de confiance, et tenir une liste des comptes (sans les mots de passe en clair) avec les autres papiers à préparer avant un décès. Les solutions d’anticipation présentées dans notre dossier préparer l’avenir peuvent intégrer cette liste.
Que deviennent les comptes non signalés ?
Selon la CNIL, les organismes doivent en principe supprimer les comptes inactifs au bout d’un certain temps, après un éventuel message d’avertissement. Ce délai n’est pas fixé par la loi et varie d’un service à l’autre. Attendre n’est donc pas une solution fiable : le profil peut rester visible pendant des années, avec des rappels d’anniversaire pour les proches.
Les biens numériques ont-ils une valeur dans la succession ?
Oui lorsqu’ils sont transmissibles : solde d’une cagnotte ou d’un porte-monnaie en ligne, crédits sur un site marchand, revenus d’un site ou d’une chaîne, fonds sur un compte de paiement. Ils doivent être signalés au notaire. À l’inverse, les achats dématérialisés (films, livres, musique) sont souvent liés à une licence personnelle qui ne se transmet pas, comme l’indique Apple pour les contenus achetés. Pour les sommes oubliées sur des comptes classiques, voyez notre dossier sur la récupération des capitaux d’un défunt.
Questions fréquentes
Comment supprimer le compte Facebook d’une personne décédée ?
Un proche peut demander la suppression ou la transformation en compte de commémoration via le formulaire dédié de Facebook, avec une preuve du décès. Si le défunt avait désigné un contact légataire, ce dernier peut gérer certains éléments du compte commémoratif.
Les héritiers peuvent-ils accéder à la boîte mail du défunt ?
Pas de façon générale : le compte reste couvert par le secret des correspondances. Les héritiers peuvent obtenir les informations utiles au règlement de la succession et les souvenirs de famille, selon les procédures de chaque service.
Qu’est-ce qu’une directive post mortem ?
C’est une consigne laissée de son vivant sur le sort de ses données après le décès. Elle peut être générale, confiée à un tiers de confiance comme un notaire, ou particulière, adressée à un service précis. Elle s’impose aux héritiers.
Comment récupérer les photos d’un proche décédé sur son téléphone ou dans le cloud ?
Si le défunt avait désigné un contact légataire Apple ou paramétré le gestionnaire de compte inactif Google, la personne désignée peut accéder aux données prévues. Sinon, les héritiers peuvent demander les souvenirs de famille transmissibles via le formulaire du service, avec l’acte de décès.
Faut-il résilier les abonnements de streaming d’un défunt ?
Oui, sinon ils restent facturés tant que le moyen de paiement fonctionne, notamment sur un compte joint. Écrivez au service client avec l’acte de décès si vous n’avez pas accès à l’espace client.
Un compte inactif est-il supprimé automatiquement ?
Les organismes doivent en principe supprimer les comptes inactifs après un certain temps, mais aucun délai légal n’est fixé. Mieux vaut signaler le décès.
Sources officielles
- CNIL : Mort numérique, peut-on demander l’effacement des informations d’une personne décédée ? (consulté le 12 octobre 2026)
- Service-Public : démarches à effectuer après un décès (fiche F16507) (consulté le 12 octobre 2026)
- Google : à propos du gestionnaire de compte inactif (consulté le 12 octobre 2026)
- Apple : ajouter un contact légataire pour votre compte Apple (consulté le 12 octobre 2026)
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