79% des Français estiment que les héritages sont trop taxés. Dans le même temps, 72% n’ont entrepris aucune démarche pour préparer leur propre transmission. L’enquête Discurv pour Inovéa, menée le 25 juin 2026 auprès de 1 000 personnes représentatives de 18 ans et plus, dresse un portrait net de ce décalage.

Le sujet revient dans le débat public à l’approche de 2027. Le réseau de conseillers en gestion de patrimoine rappelle pourtant un autre chiffre, plus concret : près de 9 000 milliards d’euros de patrimoine doivent changer de génération. 70% des sondés redoutent déjà les conséquences d’une succession mal anticipée. 61% ne se sentent pas assez informés pour décider si un décès survient demain. 45% ignorent même qu’il existe des dispositifs légaux pour alléger les droits.

Un tabou plus fort que le débat fiscal

Aurèle Le Liboux, conseiller en investissements financiers chez Inovéa, décrit un blocage psychologique autant qu’un déficit de pédagogie. Préparer une succession évoque la fin de vie. 34% de ceux qui n’ont rien fait estiment encore avoir le temps. Chez les moins de 35 ans, cette conviction grimpe à 52%.

25% jugent aussi leur patrimoine trop modeste pour s’en occuper. Emmanuel Hardy, président d’Inovéa, inverse le raisonnement : anticiper n’est pas réserver l’outil aux grandes fortunes, c’est protéger un partenaire, éviter une indivision conflictuelle et simplifier les démarches des proches. Seuls 19% des Français ont déjà sollicité un professionnel.

Parmi les personnes qui ne se sentent pas du tout informées, 89% n’ont encore rien engagé, soit près de 20 points de plus que la moyenne nationale.

Donner sans se dépouiller tout de suite

Beaucoup imaginent qu’alléger les droits impose de se séparer immédiatement d’une part importante de leur épargne, alors que le coût possible de la dépendance pousse à garder des liquidités. Le démembrement de propriété permet pourtant de transmettre la nue-propriété d’un bien tout en conservant l’usufruit : occupation du logement ou perception des loyers.

Plus l’opération intervient tôt, plus la valeur fiscale de la nue-propriété peut être réduite. L’âge de l’usufruitier détermine le pourcentage retenu. Un exemple cité par le conseiller illustre l’écart. Un parent détient un appartement de 300 000 euros et un enfant. Sans anticipation, après l’abattement de 100 000 euros, 200 000 euros restent taxables, soit environ 38 200 euros de droits. Si la nue-propriété représente fiscalement 60% de la valeur, la base transmise tombe à 180 000 euros. Après le même abattement, 80 000 euros restent taxables, soit environ 14 200 euros. L’économie affichée dans cet exemple atteint 24 000 euros. Le calcul n’est pas universel : il dépend de l’âge et de la situation exacte.

Le lien de parenté pèse plus que le montant du patrimoine

Un patrimoine de 400 000 euros n’a pas le même coût selon qu’il va à des enfants, à des frères et sœurs ou à des neveux. Un enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 euros sur la part reçue de chacun de ses parents. L’abattement tombe à 15 932 euros entre frère et sœur et à 7 967 euros pour un neveu ou une nièce. Au-delà, le taux peut atteindre 45% entre frères et sœurs, 55% pour certains parents plus éloignés et 60% entre personnes sans lien de parenté. La différence de coût selon le degré de parenté change donc le diagnostic bien avant le niveau de fortune.

Chaque parent peut transmettre à chaque enfant jusqu’à 100 000 euros en donation, avec un abattement renouvelable tous les 15 ans. Sous conditions, notamment d’âge du donateur et de majorité du bénéficiaire, cet abattement peut se cumuler avec l’exonération de 31 865 euros applicable à certains dons familiaux de sommes d’argent, soit jusqu’à 131 865 euros. Le plafond de 100 000 euros et le délai de 15 ans expliquent pourquoi attendre trop longtemps referme une fenêtre, pas seulement un avantage fiscal.

L’assurance-vie n’est pas qu’un placement, le Pacs n’est pas un mariage

Pour les primes relevant du régime applicable avant 70 ans, chaque bénéficiaire peut profiter d’un abattement allant jusqu’à 152 500 euros. Pour les primes versées après 70 ans, l’abattement de 30 500 euros est global pour l’ensemble des bénéficiaires et contrats concernés. Continuer à alimenter un contrat après cet anniversaire peut encore avoir un intérêt patrimonial. Encore faut-il relire la clause bénéficiaire : une rédaction ancienne peut ne plus coller à la famille réelle.

Le partenaire de Pacs est exonéré de droits de succession. Il n’est pourtant pas héritier légal. Sans testament, il peut ne rien recevoir. Le concubin n’est pas héritier non plus ; même désigné par testament, les biens transmis sont en principe taxés à 60% après le faible abattement applicable entre personnes sans lien de parenté. Protéger le survivant et répartir entre enfants ou petits-enfants dépasse donc la seule question de l’impôt.

Quand rien n’a encore été fait, le premier geste reste un inventaire : immobilier, comptes, placements, assurance-vie, dettes, organisation familiale, régime matrimonial, existence d’un testament. Passé 75 ou 80 ans, les marges se réduisent. Les solutions n’effacent plus une facture déjà trop tardive, ni une indivision mal préparée.

Sources

  • https://fichiers.inovea-group.com/storage/marketing/site/inovea/relations_presse/Succession_et_heritage_Inovea_national.pdf
  • https://www.capital.fr/votre-argent/heritage-72-des-francais-n-ont-rien-prepare-pour-leur-propre-transmission-les-idees-recues-perdurent-1530420
  • https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F14198
  • https://www.impots.gouv.fr/particulier/questions/je-suis-beneficiaire-dune-assurance-vie-comment-la-declarer
  • https://www.economie.gouv.fr/particuliers/preparer-ma-retraite-et-ma-succession/comment-faire-une-donation