Philippe a 64 ans. Il dit percevoir 724 € de retraite de base et 274 € de complémentaire. Le simulateur lui avait annoncé 1 600 €. L’écart, selon lui, vient de l’invalidité, de 2 accidents du travail et d’une carrière cassée.
Il a commencé à 15 ans en apprentissage, passé 3 ans dans l’armée, enchaîné chômage et emplois, puis connu 7 ans d’arrêt au total. Impossible de reprendre, indique-t-il, pour incapacité. Il a liquidé à 62 ans, « retraite forcée », avec 175 trimestres.
Ce que Philippe reproche à la Carsat
« On nous dit que lorsque l’on est en invalidité, on part à taux plein. » Il ajoute que, d’après la réponse de la Carsat, « la valeur du point cotisé est aussi divisée par 3 ». Il relie cette explication à l’écart avec le simulateur.
Il juge « aberrant » que la rente d’invalidité s’arrête à 62 ans. Pour la conserver, il affirme qu’il faudrait être invalide à 80%, « c’est-à-dire être au moins paraplégique ». Il se dit « dégoûté » de se retrouver « en dessous du seuil de pauvreté » après s’être « tué au travail », et compare sa situation à celle d’un fonctionnaire de bureau qu’il situe à un minimum de 2 200 €.
À 62 ans, la pension d’invalidité cède la place à la retraite pour inaptitude
L’Assurance retraite confirme le basculement : à 62 ans, la pension d’invalidité prend fin et est remplacée par une retraite au titre de l’inaptitude au travail. Dans certaines situations, il reste possible de continuer à percevoir la pension d’invalidité au-delà de 62 ans.
Cette retraite pour inaptitude ouvre le taux maximum de 50% dès 62 ans, quel que soit le nombre de trimestres, si l’inaptitude est reconnue par le médecin-conseil de la caisse. Le taux maximum supprime la décote. La page officielle ne dit pas que le montant est aligné sur un salaire antérieur, ni sur le chiffre d’un simulateur.
Un écart entre simulateur et paiement réel peut aussi renvoyer à des signes d’une pension mal calculée et contrôle du relevé de carrière. Les démarches disponibles pour corriger une carrière auprès de l’Assurance retraite et d’Info-Retraite restent ouvertes lorsque des périodes manquent ou sont mal reportées.
L’Agirc-Arrco n’écrit pas qu’un point d’invalidité vaut 3 fois moins
Côté complémentaire, la réglementation Agirc-Arrco prévoit, en cas de maladie, d’invalidité, de maternité ou d’accident du travail, des points non cotisés sous conditions. L’objectif annoncé est de maintenir un nombre de points équivalent à celui qu’une personne aurait acquis si elle avait continué à travailler.
Le calcul prend un nombre moyen de points acquis par jour pendant l’année précédant l’arrêt, puis le multiplie par le nombre de jours d’incapacité. Pour une année donnée, le cumul des points d’incapacité et des autres points ne peut pas dépasser les points inscrits au compte pour l’année précédant le début de l’incapacité.
Les arrêts de plus de 60 jours consécutifs liés notamment à l’invalidité ouvrent des droits si les prestations requises sont versées et si l’arrêt interrompt une activité ou une situation affiliée. Les droits partent du premier jour d’interruption, sans cotisation. Une pension d’invalidité de catégorie 1, 2 ou 3 entre dans les cas prévus. La réglementation officielle ne pose pas de règle générale selon laquelle la valeur du point serait divisée par 3 en cas d’invalidité.
Quand le total reste bas, l’ASI et l’Aspa peuvent compléter
L’Assurance retraite rappelle que l’ASI et l’Aspa peuvent, sous conditions d’âge et de ressources, relever les ressources jusqu’à un montant minimum. Ces filets ne rattrapent pas un simulateur trop optimiste. Ils peuvent toutefois changer le reste à vivre lorsque la pension de base et la complémentaire, comme les 724 € et 274 € décrits par Philippe, restent très faibles.
Le basculement à 62 ans, le taux de 50% sans décote et les points d’incapacité Agirc-Arrco ne se recoupent pas avec l’idée d’un point « divisé par 3 ». L’écart avec 1 600 €, lui, reste le nœud du témoignage.



