Jusqu'à 150 touristes le même jour devant un appartement inexistant : les fausses locations se multiplient sur Booking.com
Fausses annonces, e-mails aux couleurs de Booking et paiements hors plateforme : à Paris, des logements fantômes attirent des dizaines de victimes le même jour.

Au sommaire
Plus de 6% des Français ont déjà été victimes d’une arnaque à la location de vacances, selon des études récentes relayées par Capital. Cet été, le piège s’est concentré à Paris autour d’annonces qui imitent Booking.com : un appartement de standing dans un bel immeuble, un e-mail aux couleurs de la plateforme, puis un logement qui n’existe pas.
Une concierge a collé un mot, en français et en anglais, pour dire que l’appartement n’existe pas, qu’il faut déposer plainte, puis se tourner vers Booking.com. Elle a parfois vu arriver entre 90 et 150 personnes en même temps. Un autre immeuble, près de la Tour Eiffel, a connu le même scénario, selon Le Parisien.
Un e-mail aux couleurs de Booking, un paiement ailleurs
Dans la plupart des cas, le leurre passe par un faux message. Il reprend l’apparence de Booking.com mais renvoie vers un autre site, notamment grandparisstay.net. Beaucoup de victimes ont alors payé en dehors de la plateforme.
Un client français avait pourtant appelé Booking.com 3 jours avant, pour vérifier l’annonce. La réponse avait été positive. À l’arrivée, il n’y avait pas de location. Il déplore aussi l’absence d’accompagnement une fois l’escroquerie constatée, alors que la plateforme indique qu’une enquête est menée lorsqu’une alerte est signalée et qu’une fraude est avérée.
Cybermalveillance.gouv.fr décrit le même schéma sur Abritel, Airbnb, Booking.com, Leboncoin, PAP.fr ou SeLoger : l’escroc pousse à quitter le site, à envoyer des copies de pièces d’identité, puis à verser de l’argent par un moyen alternatif, mandat cash ou virement. Pour une location courte, la supercherie n’apparaît souvent qu’au moment de prendre possession des lieux.
Ces risques de fraude liés aux moyens de paiement et réflexes bancaires se jouent précisément au moment où l’argent quitte l’espace officiel de réservation.
Une fausse annonce au 36, quai des Orfèvres, retirée en moins de 24 heures
France 2 a testé la facilité de publication. L’annonce « Evasion parisienne » proposait 92 m², un lit, une chambre, une salle de bain et une vue Seine… au 36, quai des Orfèvres, ancien siège de la police judiciaire. À la création d’un compte, 90 jours sont laissés pour prouver son identité.
En 5 heures, une dizaine de demandes de réservation sont arrivées, pour 6 354 euros au total. Toutes ont été refusées. L’annonce a été retirée le lendemain. Booking.com a indiqué que ses systèmes de détection l’avaient identifiée comme frauduleuse, et qu’aucune réservation n’avait été effectuée pendant cette période.
Jean-Baptiste Boisseau, cofondateur de Signal arnaques, estime pourtant que ce type d’arnaque devient plus fréquent et pointe la très forte domination de Booking sur le marché.
Prix trop beaux, liens et QR codes : les signaux qui doivent faire reculer
Le premier réflexe reste le tarif, confronté au type de bien et au quartier. Contacter le « propriétaire » en cas de doute ne suffit pas si l’échange sort de la plateforme. Cybermalveillance.gouv.fr insiste : se méfier de quiconque veut faire quitter le site, ainsi que des courriels ou SMS avec un lien ou un QR code vers un prétendu paiement sécurisé. Le paiement doit rester celui proposé depuis l’espace personnel officiel. Toute transaction extérieure est à bannir.
Une famille, déjà victime en Italie, a tenté de trouver un autre logement et a été arnaquée de la même manière. Ce second coup rappelle les mécanismes d’usurpation d’identité et seconde escroquerie qui surviennent souvent au moment où la victime cherche une solution de rattrapage.
En cas de perte, il faut conserver les preuves, informer sa banque, tenter une opposition au plus vite, signaler l’annonce et déposer plainte. La plainte en ligne peut passer par THESEE. L’escroquerie est punie de 5 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende, selon l’article 313-1 du Code pénal. Les logements fantômes, eux, continuent d’apparaître aussi longtemps que le paiement sort de la plateforme.
Sources
- https://www.cybermalveillance.gouv.fr/tous-nos-contenus/fiches-reflexes/arnaques-location-immobiliere
- https://www.capital.fr/economie-politique/arnaque-a-la-location-attention-les-fausses-annonces-se-multiplient-sur-les-sites-de-type-bookingcom-1530383
- https://www.france.tv/france-2/journal-20h00/8889642-rendez-vous-au-36-quai-des-arnaques.html


