Pourquoi la fraude par manipulation a bondi de 34% en 2025 alors que la carte bancaire recule, selon la Banque de France
En 2025, 1,241 milliard d'euros ont été détournés. La Banque de France montre que le faux conseiller et le virement en ligne pèsent désormais plus que la carte.

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Le montant des fraudes aux moyens de paiement scripturaux a atteint 1,241 milliard d’euros en 2025, en hausse de 3,8% sur un an, selon le 10e rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France, publié le 9 septembre 2026. Le nombre d’opérations frauduleuses, lui, recule de 7,6%, à 7,2 millions. La progression reste inférieure à celle des usages : 35,6 milliards de transactions scripturales (+5,5%) pour 36 264 milliards d’euros échangés (+4,2%).
Le virement et la carte à distance pèsent chacun 30% des sommes volées
2 canaux se partagent le haut du classement en volume : le paiement par carte à distance et le virement initié depuis la banque en ligne, à 30% chacun du montant total de la fraude. Sur la carte, Internet concentre 70% de la fraude pour seulement 27% des dépenses. Le taux de fraude des paiements par carte en ligne tombe toutefois à 0,124%, contre 0,25% en 2020, après la généralisation de l’authentification forte imposée au niveau européen depuis 2021.
Au total, la fraude sur les cartes émises en France s’élève à 475 millions d’euros, en baisse de 8,6%. Le taux global sur la carte atteint 0,0472%, son plus bas niveau historique. Les paiements de proximité, qui représentent près de 55% des paiements effectués en France, ne pèsent que 5% du volume fraudé. Les retraits, eux, se dégradent légèrement : le taux passe de 0,031% à 0,033%, sous l’effet des fraudes aux faux coursiers.
La manipulation devient le premier levier, à 516 millions d’euros
Le vrai basculement se joue ailleurs. La fraude dite par manipulation atteint 516 millions d’euros en 2025, en hausse de 34% sur un an. Elle représente 41,6% du montant total, contre 32% en 2024. En 4 ans, sa part a doublé. Elle recouvre le faux conseiller bancaire, le faux service anti-fraude, la fraude au président et la substitution d’IBAN.
Ces appels et messages gagnent en crédibilité grâce aux fuites de données personnelles qui rendent les appels frauduleux plus crédibles, aux fausses publicités et aux sites miroirs. Les fraudeurs récupèrent ensuite un accès à la banque en ligne par hameçonnage, ou poussent la victime à valider elle-même un virement. Ce canal séduit : plafonds élevés, instantanéité et irrévocabilité du transfert.
Le virement devient ainsi le moyen scriptural le plus fraudé en montant : 39% des fraudes, contre 30% en 2024. Les détournements pèsent 61%, les faux 27% et les falsifications 3%. Les virements instantanés explosent dans les usages (+78% en nombre, +118% en montant) et pèsent 17% des virements émis, soit 1 sur 6. Leur taux de fraude, 0,041%, recule toutefois par rapport à 0,046% en 2024.
Le chèque reste le plus fragile rapporté aux volumes
Le chèque pèse encore 19% du montant fraudé alors qu’il ne représente plus que 1,9% des paiements hors espèces. Son usage recule de 16% en montant et de 14% en nombre, soit 46% de chèques en moins depuis 2020. Le taux de fraude, 0,069%, est stable sur 2 ans mais demeure le plus élevé. Le vol ou la perte explique 90% des cas, pour un montant moyen de 1 348 euros. Les détournements, rares (1%), atteignent 13 679 euros en moyenne.
L’Observatoire juge l’acheminement des chéquiers particulièrement vulnérable. Il demande aux banques de privilégier le retrait en agence, sans frais, ou, à défaut, un envoi postal tracé avec 2 messages au titulaire : l’annonce de l’expédition, puis l’arrivée supposée. Cette recommandation doit être appliquée d’ici décembre 2026.
Le prélèvement, à l’inverse, reste le moins exposé parmi les grandes familles : un peu plus de 33 millions d’euros détournés pour 2 300 milliards d’euros échangés, soit 3% du montant total de la fraude.
Ce que les banques et les télécoms préparent encore
La carte reste le premier moyen de paiement des Français, à 62,7% des transactions scripturales. Le sans contact représente 72% des paiements de proximité par carte, et le paiement mobile plus de 19%. Ces usages progressent plus vite que la fraude, mais le report vers la manipulation change la nature du risque : ce n’est plus seulement un code volé, c’est une décision extraite sous pression.
L’Observatoire pousse une authentification des numéros de téléphone avec le secteur des télécoms, et une coopération avec Apple, Google, Meta ou TikTok face aux messageries et aux réseaux sociaux. Banques et opérateurs étudient aussi un numéro court unique anti-fraude, sur le modèle du 159 britannique, pour joindre rapidement le service dédié de son établissement.
En pratique, une banque ne demande jamais identifiants, mots de passe ou codes. Un lien reçu par SMS ou courriel ne doit pas servir à ouvrir un espace client. Un chèque d’un montant supérieur à la somme due, ou encaissé pour un tiers dans l’urgence, reste un signal classique. Face à un mouvement inattendu, distinguer un virement social attendu d’une opération bancaire inhabituelle reste souvent le premier réflexe utile, avant opposition, signalement aux forces de l’ordre et contestation auprès de la banque, en conservant appels, messages et preuves des démarches.
Le chantier ouvert pour 2026 porte moins sur le taux de la carte que sur la capacité à interrompre un appel qui sonne juste, au moment où le virement, lui, part pour de bon.
Sources
- https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/rapport-de-lobservatoire-de-la-securite-des-moyens-de-paiement-2025
- https://www.banque-france.fr/fr/system/files/2026-09/Rapport_2025_de_l_OSMP.pdf
- https://www.moneyvox.fr/banque/actualites/110393/carte-bancaire-cheque-les-moyens-de-paiement-preferes-des-fraudeurs-selon-la-banque-de-france
- https://www.lafinancepourtous.com/2026/09/14/moyens-de-paiement-les-fraudes-par-manipulation-en-forte-hausse/


