Un appel arrive parfois des semaines, des mois, voire des années après un placement disparu. L’interlocuteur connaît le montant perdu, le nom de la plateforme et promet une bonne nouvelle : l’argent aurait été retrouvé. Il se présente comme un agent de l’Autorité des marchés financiers, un avocat, un recouvreur ou un banquier. L’argent n’a pas été retrouvé. C’est une seconde escroquerie, dite arnaque au carré ou arnaque à la récupération de fonds.

Dans sa liste noire actualisée le 11 septembre, l’AMF a notamment ajouté le nom de domaine autorite-des-marches-financiers.com, qui usurpe son identité. Anne Delannoy, responsable de la surveillance des offres financières et des alertes à l’AMF, décrit un piège calé sur le désespoir de personnes déjà lésées.

Une première perte, puis des frais, une taxe et un pourcentage

Le scénario commence presque toujours par un investissement frauduleux : cryptomonnaies, Forex, trading, options binaires ou autre placement fictif. Une fois les fonds versés, la plateforme se ferme ou refuse tout retrait. Un nouveau protagoniste propose alors de « prendre en charge le dossier ».

« L’escroquerie peut commencer par une demande de frais pour ouvrir un dossier qui, soi-disant, permettra de localiser les fonds et de les récupérer », explique Anne Delannoy. Ensuite, les demandes s’enchaînent. Dans les cas les plus aboutis, les sommes seraient bloquées : il faudrait payer une taxe, des frais de dossier, parfois un pourcentage de l’argent soi-disant récupéré. Chaque virement alimente la seconde fraude, pas un déblocage.

Ces relances s’appuient souvent sur les techniques de manipulation qui poussent une victime à valider elle-même un virement, loin des règles normales pour récupérer une épargne placée en assurance-vie.

Environ 2 000 signalements en 2025, 14% des alertes de l’AMF

Sur l’année 2025, la plateforme Epargne Info Service de l’AMF a reçu environ 2 000 signalements de sollicitations de ce type. Toutes n’usurpaient pas le régulateur : cabinets d’avocats, agences de recouvrement ou banques fictives figurent aussi dans ces dossiers. Selon Anne Delannoy, ils représentaient 14% des signalements, juste derrière ceux liés aux crypto-actifs.

Une étude BVA ajoute un autre ordre de grandeur : 66% des épargnants déjà victimes d’une première arnaque avaient ensuite été recontactés. Parmi eux, 86% avaient donné suite. « Les épargnants sont parfois dans un tel désespoir, parce qu’ils ont perdu les économies de toute une vie, qu’ils sont prêts à croire qu’une solution existe pour récupérer leur argent », souligne-t-elle.

Comment un inconnu connaît le montant perdu, parfois des années plus tard

Pour ouvrir un compte ou « valider » un placement, un formulaire a souvent été rempli : nom, prénom, adresse électronique, téléphone. Ces données circulent, se revendent ou sont réutilisées par les mêmes réseaux. Anne Delannoy évoque des personnes recontactées pour des sommes perdues « depuis longtemps » sur des plateformes de Forex ou d’options binaires. L’interlocuteur n’a pas mené d’enquête : il dispose d’un fichier. Ce mécanisme rejoint la circulation de données personnelles qui rend les appels frauduleux plus crédibles.

Le spoofing peut afficher le numéro de l’AMF. Des fraudeurs ont aussi usurpé l’identité de véritables collaborateurs : une recherche en ligne confirme alors que le nom existe. L’AMF porte systématiquement plainte dans ces cas, indique Anne Delannoy. Taper le nom dans un moteur ne suffit donc pas, et les coordonnées fournies par l’appelant ne doivent pas servir de canal de vérification.

L’AMF ne contacte jamais un particulier pour « débloquer » des fonds

Sur sa page officielle mise à jour le 12 février 2026, l’autorité rappelle qu’elle ne contacte pas de sa propre initiative les épargnants par téléphone ou messagerie privée, ne mène pas de campagne téléphonique de sensibilisation, ne perçoit pas de taxe auprès des particuliers, ne bloque pas de comptes et n’aide jamais à récupérer des fonds perdus dans une arnaque. La vérification passe par un appel aux coordonnées trouvées indépendamment, pas par le numéro ou le mail reçus.

Une question utile reste : comment cet interlocuteur a-t-il obtenu le dossier ? La réponse, même fluide, n’est pas une preuve. Un appel spontané d’un prétendu agent qui annonce avoir retrouvé l’épargne doit éveiller le soupçon dès la première phrase.

Anne Delannoy alerte aussi sur les offres d’investissement habillées d’intelligence artificielle, notamment de prétendus robots de trading : une mise de départ suffirait, l’algorithme ferait le reste. L’IA facilite en parallèle la duplication de sites frauduleux « à la chaîne ». Dans ce paysage, la promesse d’une seconde chance après une première perte reste, pour l’AMF, le début d’une seconde arnaque.

Sources

  • https://www.capital.fr/conso/arnaque-a-lepargne-attention-a-ces-faux-agents-de-lamf-qui-promettent-de-recuperer-votre-argent-1530216
  • https://www.amf-france.org/fr/espace-epargnants/proteger-son-epargne/eviter-les-arnaques