Le 16 septembre 2026, 2 semaines avant la copie du gouvernement, le Parti socialiste a présenté un contre-budget pour 2027. Parmi les mesures les plus visibles : porter le Smic à 1 700 euros net par mois. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, et Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, inscrivent cette hausse dans un paquet de 10 milliards d’euros consacré au pouvoir d’achat.

Depuis le 1er juin 2026, le Smic mensuel net s’établit à 1 477,93 euros, pour 1 867,02 euros brut sur 35 heures, soit 12,31 euros brut de l’heure, selon le ministère du Travail. Passer à 1 700 euros net représenterait 222,07 euros de plus par mois, 2 664,84 euros par an et une hausse de 15,03%. Le net exact dépend des cotisations applicables. Il s’agit d’une proposition politique, pas d’une mesure adoptée.

Un coup de pouce possible en droit, pas automatique

Le Smic est revalorisé au 1er janvier. Il peut l’être en cours d’année si l’indice des prix de référence grimpe d’au moins 2%. Un gouvernement peut aussi accorder un coup de pouce par décret, au-delà de la formule automatique, après consultation des instances compétentes. Un Smic à 1 700 euros net est donc juridiquement possible si une majorité le décide.

La difficulté est ailleurs : coût pour les employeurs, barèmes d’allègements de cotisations, rémunérations de la fonction publique, emplois peu qualifiés et tassement des grilles. L’Insee rappelle qu’il faut distinguer le net reçu, le brut et le coût total pour l’entreprise.

Ce que le contre-budget socialiste met en face

Les députés socialistes affichent 12,1 milliards d’euros d’économies : 4 milliards sur certaines niches fiscales, 3,6 milliards sur le fonctionnement de l’État, 4 milliards sur les dépenses de santé et 500 millions grâce à la prévention. Ils revendiquent 39,5 milliards de recettes nouvelles, dont 15 milliards via la taxe Zucman, 10 milliards via une CSG sur les héritages très élevés, 10 milliards par une taxation accrue des géants du numérique, 4 milliards par une reconfiguration des exonérations de cotisations et 500 millions par la taxe sur les conventions d’assurance. S’y ajoutent 5 milliards attendus de la lutte contre la fraude, et 1 milliard destiné aux PME.

Le même plan prévoit une CSG progressive pour 21 millions de travailleurs gagnant jusqu’à 2 700 euros net, avec un gain annoncé de 130 euros net par mois pour un célibataire sans enfant au Smic. Le contre-budget socialiste prévoit aussi une CSG progressive et une taxation des très gros héritages. Ces montants restent des chiffrages de groupe, pas des recettes votées.

Emploi, secteurs sensibles et un ordre de grandeur ancien

Simon-Pierre Sengayrac, de la Fondation Jean-Jaurès, y voit une réponse à la vie chère : selon lui, les prix de l’énergie ont progressé de 40% et ceux de l’alimentation de 25% depuis les crises récentes. Il reconnaît un risque si la hausse est brutale dans les services à la personne, la restauration et le BTP, tout en citant des travaux de Clément Carbonnier selon lesquels une hausse du Smic de 14% n’augmenterait les coûts de production que de 0,6%, puis pourrait soutenir la consommation.

Stéphane Carcillo, président du Groupe d’experts sur le Smic, juge au contraire que le Smic, complété par la prime d’activité, dépasse déjà le seuil de pauvreté. La diffusion d’une hausse se voit surtout jusqu’à 1,2 ou 1,3 Smic. Une hausse devient dangereuse, selon lui, lorsque le coût des emplois les moins qualifiés dépasse leur productivité.

En 2024, l’Institut Montaigne estimait qu’un Smic à 1 600 euros net coûterait environ 19 milliards d’euros à l’État, entre allègements de charges et rémunérations publiques. Ce chiffrage ne porte pas sur 1 700 euros en 2026 : c’est un ordre de grandeur ancien, pas le coût officiel de la promesse actuelle. Jean-Luc Mélenchon a lui aussi défendu un Smic à 1 700 euros net ; Matthieu Pigasse a évoqué une hausse de 20%.

Le gouvernement prépare sa propre copie budgétaire pour 2027, avec des arbitrages déjà discutés sur le pouvoir d’achat. Les arbitrages du budget 2027 et leurs conséquences sur le pouvoir d’achat restent le véritable test : sans majorité pour un décret et sans bouclage des allègements, le Smic à 1 700 euros net restera une ligne de contre-budget.

Sources

  • https://travail-emploi.gouv.fr/revalorisation-du-smic-au-1er-juin-2026
  • https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/281551-le-smic-en-7-questions
  • https://www.insee.fr/fr/statistiques/1375188
  • https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/finances-publiques/plus-de-12-milliards-d-euros-d-economies-taxe-zucman-smic-a-1-700-euros-net-deux-semaines-avant-la-copie-du-gouvernement-le-parti-socialiste-presente-son-contre-budget_AN-202609160431.html
  • https://www.capital.fr/economie-politique/smic-a-1700-euros-net-ce-que-changerait-vraiment-cette-hausse-pour-les-salaires-et-l-emploi-1529846