Un SMIC à 1 700 euros net : la promesse de Jean-Luc Mélenchon remet le salaire minimum au cœur de la présidentielle de 2027. Pour un salarié payé au SMIC à temps plein, l’écart avec le montant actuel dépasse 220 euros par mois. Mais qui financerait cette augmentation ? Faudrait-il une nouvelle loi ? Et le gain sur la fiche de paie se retrouverait-il intégralement dans le budget du ménage ?

Article mis à jour le 22 septembre 2026. Les comparaisons utilisent les montants applicables à cette date.

Le gouvernement dispose bien du pouvoir de relever le SMIC au-delà de sa revalorisation automatique. Atteindre le montant annoncé est donc juridiquement envisageable. La difficulté consiste à organiser cette hausse, à en répartir le coût et à préserver son bénéfice pour les salariés.

Une promesse de SMIC à 1 700 euros net confirmée pour 2027

Lors de son meeting de lancement de campagne à Saint-Denis, le 7 juin 2026, Jean-Luc Mélenchon a déclaré : « Le Smic passera à 1 700 euros. » La France insoumise présente explicitement cette proposition comme un SMIC à 1 700 euros net.

La distinction compte : un objectif exprimé en brut ne correspondrait pas à la même somme disponible pour le salarié. Il faut également comparer des rémunérations pour une durée de travail identique. La référence habituelle du SMIC mensuel est un temps plein de 35 heures par semaine.

Le montant annoncé permet donc d’identifier l’objectif salarial. Il ne suffit cependant pas à connaître le calendrier précis, le futur barème des cotisations ou l’ensemble des compensations éventuellement prévues pour les employeurs.

Combien gagnerait un salarié par rapport au SMIC actuel ?

Depuis le 1er juin 2026, le SMIC horaire brut est fixé à 12,31 euros, soit 1 867,02 euros brut par mois pour 35 heures hebdomadaires, dans le cas général hors Mayotte. Service-Public indique un montant mensuel net indicatif de 1 477,93 euros.

Comparaison pour un salarié à temps plein, sur la base des montants connus au 22 septembre 2026
RepèreMontant ou évolution
SMIC mensuel net indicatif actuel1 477,93 €
Objectif annoncé1 700 € net
Écart mensuel+222,07 €
Augmentation correspondanteEnviron +15 %
Écart sur douze mois complets+2 664,84 €

Ces calculs comparent deux niveaux de salaire. Ils supposent une durée de travail inchangée et, pour le total annuel, douze mois complets au nouveau montant. Ils ne tiennent compte ni de l’impôt sur le revenu ni d’une éventuelle modification des prestations du foyer.

Les 222,07 euros ne constituent pas une prévision du supplément versé en 2027. D’autres revalorisations du SMIC peuvent intervenir d’ici là. Si le salaire minimum augmente avant l’application de la promesse, l’écart restant pour atteindre 1 700 euros sera plus faible.

Le gouvernement peut-il augmenter le SMIC par décret ?

Oui. L’article L3231-10 du Code du travail autorise une augmentation du salaire minimum par voie réglementaire en cours d’année, au-delà du niveau résultant de son indexation. C’est le principe du « coup de pouce » décidé par le gouvernement.

Cette possibilité s’ajoute aux mécanismes de revalorisation automatique. Le droit actuel ne contraint donc pas l’exécutif à se limiter à la hausse issue des règles d’indexation. Une nouvelle loi n’est pas nécessaire pour créer le principe même d’une augmentation supplémentaire.

Il faut toutefois distinguer le président et le gouvernement. Une victoire présidentielle donnerait une orientation politique ; sa mise en œuvre dépendrait du gouvernement en fonction. Les mesures fiscales ou budgétaires accompagnant la hausse pourraient, elles, nécessiter des textes soumis au Parlement. La possibilité juridique existe, mais l’élection d’un candidat ne remplace pas les décisions nécessaires à son application.

Pourquoi un objectif de 1 700 euros net doit être traduit en brut

Le minimum légal est fixé en salaire horaire brut. Le net est obtenu après les prélèvements supportés par le salarié et peut varier selon sa situation. Le montant net présenté dans les comparaisons usuelles s’entend avant prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu.

À titre d’ordre de grandeur, appliquer au montant actuel le même rapport entre brut et net conduirait à un salaire d’environ 2 150 euros brut mensuels pour approcher 1 700 euros net. Cette conversion proportionnelle est un calcul indicatif, pas un barème officiel ni une simulation de paie pour 2027.

Le futur texte devrait donc fixer un montant brut compatible avec l’objectif annoncé. Pour les salariés à temps partiel, la rémunération resterait liée au nombre d’heures travaillées : un SMIC mensuel annoncé pour un temps plein ne garantit pas cette même somme à tous les salariés, quelle que soit leur durée de travail.

Qui paierait la hausse du SMIC ?

Pour un salarié du privé, l’employeur verse le salaire. Une augmentation du minimum relève donc d’abord sa masse salariale. Le supplément de salaire net ne suffit pas à mesurer ce coût : il faut intégrer le brut, les cotisations patronales et les allègements applicables.

Le système d’exonérations joue ici un rôle déterminant. L’Urssaf précise par exemple qu’en 2026, malgré la revalorisation de juin, le SMIC retenu pour le calcul de la réduction générale dégressive unique reste celui du 1er janvier. Cet exemple montre pourquoi il serait trompeur d’annoncer un surcoût universel par salarié sans connaître les règles retenues pour 2027.

Si l’État accompagnait la mesure par des aides ou des allègements supplémentaires, une partie de l’effort passerait par les finances publiques. Il faudrait alors préciser leur montant et leur financement. Des recettes supplémentaires liées aux salaires et à l’activité pourraient intervenir, mais leur ampleur ne peut pas être présumée suffisante pour couvrir toutes les dépenses.

Quelles solutions sont avancées pour les petites entreprises ?

La capacité à absorber une hausse dépend notamment du nombre de salariés concernés, des marges et de la possibilité d’augmenter les ventes. Une petite entreprise employant plusieurs personnes au minimum légal ne dispose pas nécessairement des mêmes ressources qu’un grand groupe.

Interrogé sur RTL le 21 septembre 2026, Manuel Bompard a défendu le SMIC à 1 700 euros net tout en évoquant des mesures destinées aux petites entreprises : encadrer les délais de paiement, proposer des tarifs réglementés de l’électricité et réguler les loyers commerciaux.

Ces pistes visent à agir sur d’autres dépenses ou sur la trésorerie. Elles ne permettent pas, à elles seules, de calculer ce qui serait compensé pour chaque entreprise. Pour évaluer leur efficacité, il faudrait connaître leurs bénéficiaires, leur calendrier et les économies effectivement attendues.

Quels seraient les effets sur l’emploi et les prix ?

Un salaire plus élevé peut soutenir les dépenses des ménages bénéficiaires et, par ce canal, l’activité des entreprises. Mais le résultat dépend de l’usage de ce revenu supplémentaire et des entreprises qui reçoivent cette demande. Celles dont les coûts augmentent ne sont pas nécessairement celles dont les ventes progresseraient le plus.

Le risque pour l’emploi fait partie des objections économiques. Dans son rapport 2025, le groupe d’experts sur le SMIC recommandait de ne pas ajouter de coup de pouce à la revalorisation automatique de janvier 2026. Il soulignait notamment le niveau déjà élevé du salaire minimum français par rapport au salaire médian et les enjeux d’emploi des travailleurs peu qualifiés.

Ce rapport n’est cependant pas une prévision chiffrée des effets d’un SMIC à 1 700 euros net en 2027. Pour estimer les conséquences de cette proposition précise, il faudrait intégrer l’ampleur de la hausse au moment de son application, les aides, la conjoncture et les réactions des entreprises.

Une répercussion sur les prix est également possible. Dans une étude publiée en décembre 2023, l’Insee montrait que les coûts salariaux avaient contribué à la hausse des prix de plusieurs services entre 2021 et 2023. Cette analyse ne permet pas de prévoir l’inflation d’un futur programme présidentiel. Elle rappelle néanmoins que le coût du travail peut se transmettre aux prix, avec des délais et des différences selon les secteurs.

Une hausse de 15 % du SMIC ne signifie donc pas une hausse de 15 % de tous les prix : tous les salariés ne sont pas au minimum légal et les rémunérations ne représentent qu’une partie des coûts. L’effet final sur le pouvoir d’achat doit tenir compte de ces différents mécanismes.

Les salaires au-dessus du SMIC augmenteraient-ils aussi ?

Les rémunérations devenues inférieures au nouveau minimum applicable devraient être ajustées. En revanche, une augmentation du SMIC n’entraîne pas automatiquement une hausse du même pourcentage pour tous les salariés déjà rémunérés au-dessus.

Une personne gagnant actuellement 1 800 euros net ne pourrait donc pas déduire de cette seule promesse qu’elle recevrait, elle aussi, 222 euros supplémentaires. L’évolution de son salaire dépendrait notamment des accords applicables et des négociations collectives ou individuelles.

La question des grilles salariales resterait ainsi ouverte : comment conserver une progression de rémunération liée à l’expérience, aux qualifications ou aux responsabilités lorsque le minimum se rapproche des premiers échelons ?

Le gain sur la paie serait-il le même dans le budget du foyer ?

Pas nécessairement. La prime d’activité dépend des revenus professionnels, mais aussi des autres ressources et de la composition du foyer. Une augmentation du salaire peut modifier son montant. Il serait donc incorrect d’ajouter systématiquement les 222,07 euros calculés plus haut aux prestations actuellement perçues.

Le prélèvement à la source peut également modifier la somme effectivement reçue. Deux salariés bénéficiant de la même augmentation n’auront pas forcément le même gain de revenu disponible, selon les revenus de leur conjoint, leurs enfants et leur situation fiscale.

Pour mesurer l’effet concret, il faudrait comparer le salaire après impôt et les prestations avant et après la réforme. Le gain salarial annoncé et le gain final du ménage sont deux calculs différents.

Une promesse réalisable, dont les conditions restent décisives

Jean-Luc Mélenchon pourrait donc faire porter cette hausse par un gouvernement mettant en œuvre son programme : le droit permet un relèvement supplémentaire du SMIC. Le montant de 1 700 euros net correspondrait, sur la base de septembre 2026, à une augmentation d’environ 15 % du net indicatif à temps plein.

Pour juger la solidité économique de la proposition, trois précisions seront déterminantes : la date d’application, le coût après allègements pour les employeurs et le financement des mesures d’accompagnement. Les effets sur les prestations devront également être examinés pour mesurer le bénéfice réel pour les ménages. C’est sur ces éléments concrets que la promesse pourra être évaluée pendant la campagne.