Moins revaloriser les pensions frapperait davantage les retraites modestes que supprimer l’abattement fiscal, selon l’IPP
Une étude de l’IPP compare désindexation, CSG et abattement de 10% : 5,5 milliards d’euros, mais un effet plus lourd pour les ménages modestes.

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La désindexation des pensions de base pèserait plus sur les ménages modestes que d’autres pistes pour faire contribuer les retraités au rééquilibrage des comptes, selon une étude de l’Institut des politiques publiques publiée le 28 septembre 2026. Le travail arrive alors que le gouvernement s’apprête à présenter le projet de budget pour 2027, avec plusieurs milliards d’euros d’économies évoquées sur les dépenses liées aux retraités.
L’IPP compare 3 leviers : une désindexation (revalorisation inférieure à l’inflation, jusqu’à un gel en euros courants), la suppression de l’abattement fiscal de 10% sur les pensions, et un alignement des taux de CSG des retraités sur celui des actifs. Aucune option n’est à la fois la plus rentable et la mieux ciblée.
Une désindexation totale rapporterait plus, mais de façon anti-redistributive
Une désindexation totale des pensions de base aurait, selon l’IPP cité par Le Figaro, « l’effet le plus fort » financièrement, avec un gain net d’environ 5,5 milliards d’euros pour les finances publiques. Le Télégramme, à partir des mêmes travaux, retient une économie brute d’environ 6,6 milliards d’euros et un gain net d’environ 5,2 milliards une fois pris en compte impôts, prélèvements et prestations. Le rapport de l’institut précise que les économies nettes pour l’ensemble des finances publiques sont inférieures d’un peu plus de 20% aux économies brutes du seul système de retraite.
C’est surtout la seule des 3 mesures qui réduit directement les dépenses du régime de base. Les 2 autres augmentent surtout les recettes, sans modifier le besoin de financement des retraites lui-même.
Le coût social n’est pas le même. Les pertes relatives de niveau de vie se situeraient entre 0,8% et 1,5% dans la moitié de la population la moins aisée, puis diminueraient jusqu’à 0,4% pour les retraités les plus aisés. La pension de base pèse davantage dans le revenu des ménages modestes, alors que les plus aisés cumulent plus souvent retraites complémentaires, revenus du capital ou d’activité. Les simulations portent sur les régimes de base, pas sur l’Agirc-Arrco.
Des seuils de 1639, 2000 ou 3000 euros améliorent le ciblage, au prix du rendement
L’IPP a aussi testé une désindexation seulement au-dessus de certains montants : 1639 euros (médiane des pensions), 2000 euros ou 3000 euros. « La redistributivité s’améliore avec le seuil, mais de façon imparfaite. » Le rendement chute : environ 3,7 milliards d’euros au-dessus de la médiane, 2,8 milliards au-dessus de 2000 euros et 1,2 milliard au-dessus de 3000 euros.
Un ciblage selon le montant total de pension, le salaire de référence ou le taux de CSG protège davantage certains modestes, mais pose un problème de cohérence avec le caractère contributif et individuel de la retraite. Ce scénario de gel selon le montant de pension de base reste donc un arbitrage politique, pas un simple réglage technique.
Abattement de 10% et CSG : plus de recettes, d’autres gagnants et perdants
La suppression de l’abattement de 10%, plafonné à 4439 euros par foyer pour les revenus de 2025, rapporterait environ 5,4 milliards d’euros. C’est le profil le plus redistributif : les pertes relatives de niveau de vie augmentent avec le revenu, jusqu’au neuvième décile. En revanche, des mesures d’atténuation seraient nécessaires : les aides au logement se calculent sur un revenu qui intègre l’abattement, et sa disparition peut réduire l’aide de certains modestes. Le fonctionnement du plafond de cet abattement conditionne donc l’effet réel de la mesure.
Un alignement partiel des taux de CSG de 6,6% et 8,3% sur le 9,2% des actifs rapporterait 4,2 milliards d’euros. Les exonérés et le taux réduit restent hors du champ, ce qui protège le bas de l’échelle. L’effort prend alors une forme en U : les plus modestes sont peu touchés, les plus aisés le sont relativement moins parce que la pension pèse moins dans leurs ressources, et les classes moyennes portent l’essentiel. Une version limitée, qui ne ferait passer que le taux plein de 8,3% à 9,2%, ne rapporterait qu’environ 1,5 milliard d’euros.
Une mesure appliquée une seule année ne rétablirait pas durablement l’équilibre du système. Le budget 2027 tranchera entre rendement, justice redistributive et financement direct des retraites, sans qu’aucune des 3 pistes n’échappe à un compromis.
Sources
- https://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2026/07/Chapitre_Desindexation_retraite___Rapport_Perspectives_Budgetaires_2027-4.pdf
- https://www.lefigaro.fr/conjoncture/retraites-la-desindexation-des-pensions-peserait-plus-sur-les-menages-modestes-selon-une-etude-20260928
- https://www.letelegramme.fr/france/faire-contribuer-les-retraites-au-redressement-des-comptes-publics-cette-etude-eclaire-le-debat-7124673.php


