Les agents civils de l’État se distinguent nettement des autres actifs sur un dispositif encore récent : la retraite progressive. Selon l’enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) présentée le 14 octobre 2026, 13,7% des fonctionnaires civils d’État partis à la retraite en 2024, hors militaires et magistrats, ont combiné un temps partiel et une fraction de pension.
Le contraste est immédiat. Chez les salariés du privé, les artisans et les commerçants, cette part tombe à 5%. Chez les salariés agricoles, elle n’atteint que 2,1%, soit 6,5 fois moins que dans la fonction publique d’État. Le panorama annuel 2026 de la Drees, qui décrit notamment les transitions de l’emploi vers la retraite sur l’année 2024, inscrit ce phénomène dans un système où 395 milliards d’euros de pensions de vieillesse et de survie ont été versés et où 17,3 millions de personnes percevaient une retraite de droit direct des régimes français à la fin de 2024.
Un succès concentré chez les agents civils de l’État
Chez ces fonctionnaires, les utilisatrices sont majoritaires : 15,9% des départs des agentes se sont faits via la retraite progressive, contre 10,7% chez les hommes. L’âge moyen de bascule s’établissait à 62,5 ans en 2024, contre 62,2 ans pour les salariés et indépendants et 64,2 ans pour les salariés agricoles.
À cette date, l’accès n’était pas encore uniformisé. Le dispositif s’ouvrait au plus tôt 2 ans avant l’âge légal, soit entre 60 et 62 ans selon la génération. Depuis le 1er septembre 2025, l’entrée est possible à 60 ans pour tous, sous réserve d’au moins 150 trimestres. Le Service des retraites de l’État confirme que, dans la fonction publique d’État, le dispositif ne concerne que les fonctionnaires civils et qu’il n’est en vigueur que depuis le 1er septembre 2023.
Les volumes suivent cette montée en charge. Le service recense 1 518 nouvelles pensions de retraite progressive en 2023 (période limitée au 1er septembre au 31 décembre), 5 276 en 2024 et 6 597 en 2025 pour les catégories A, B et C. Les femmes représentent 71,74% de ces nouvelles pensions en 2023, 64,61% en 2024 et 65,71% en 2025. En 2025, le détail s’établit à 4 407 nouvelles pensions en catégorie A, 1 313 en catégorie B et 877 en catégorie C.
Territoriaux et hospitaliers restent nettement en retrait
L’adhésion s’essouffle dès que l’on quitte l’État. Seuls 6,7% des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers partis à la retraite en 2024 sont passés par la retraite progressive. L’écart entre les sexes y est encore plus marqué : 8,9% des départs des femmes, contre 3,9% des départs des hommes.
La Drees n’explique pas ce différentiel. Une piste, déjà soulignée dans les commentaires de l’enquête, tient à la durée d’assurance. Pour ouvrir le droit, il faut justifier d’au moins 150 trimestres, soit 37,5 ans de cotisation. Les carrières civiles d’État, souvent continues dans l’administration, rendent ce seuil plus accessible que des parcours territoriaux ou hospitaliers plus hachés. Vérifier sa carrière avant une demande, y compris lorsque le relevé paraît bloqué avant 59 ans, reste donc décisif pour ne pas découvrir trop tard un trimestre manquant.
Ce que permet réellement le dispositif pour un agent public
La retraite progressive autorise, en fin de carrière, de travailler à temps partiel tout en percevant une partie des retraites de base et complémentaires. L’agent continue de cotiser pour sa pension définitive. Pour un fonctionnaire, la quotité globale de travail doit rester comprise entre 50% et 90% d’un temps complet. La demande d’un fonctionnaire de l’État ou d’un magistrat transite par le Service des retraites de l’État.
Le calendrier a changé 2 fois en peu de temps. L’extension aux fonctionnaires, aux professions libérales et aux agents de régimes spéciaux date du 1er septembre 2023. L’abaissement de l’âge d’accès à 60 ans pour tous date du 1er septembre 2025. La retraite progressive reste ainsi ouverte dès 60 ans avec 150 trimestres, y compris pour adapter la quotité de travail des fonctionnaires.
Le succès observé dans l’État, particulièrement visible chez les enseignants et les agents administratifs, n’a pas encore d’équivalent chez les territoriaux et les hospitaliers. Les flux de 2025, déjà plus élevés que ceux de 2024, montrent que le dispositif continue de se diffuser, sans que les écarts entre versants de la fonction publique se soient refermés.



