Raphaël Glucksmann fait des résidences autonomie l’un des piliers de son programme sur le grand âge. Moins médicalisées et nettement moins chères que l’Ehpad, ces structures doivent, selon le candidat social-démocrate, absorber une partie du choc démographique sans enfermer les personnes encore autonomes dans un modèle d’hébergement lourd.

Le secteur médico-social alerte depuis des mois. Le Haut-Commissariat au Plan estime que les 75-84 ans passent de 4 à 6 millions entre 2020 et 2030, et que les 85 ans ou plus atteindraient 4,8 millions en 2050, contre un peu plus de 2 millions au moment de cette publication. Ce n’est pas 2030, contrairement à certaines lectures trop rapides du « mur démographique » : l’échéance des près de 5 millions de personnes de 85 ans ou plus est bien 2050.

Un logement privatif, des services, pas un Ehpad

Une résidence autonomie réunit des logements privatifs et des espaces communs (restauration, bibliothèque, espaces verts). Les résidents restent chez eux, avec une présence permanente en cas d’urgence. À la différence de l’Ehpad, le lieu n’est pas médicalisé : les soins courants passent par des professionnels extérieurs.

Le portail national pour les personnes âgées précise Les personnes concernées : personnes de plus de 60 ans, généralement en GIR 5 ou 6, donc autonomes ou relativement autonomes. Une dérogation peut exister pour des personnes plus dépendantes. Les structures, souvent publiques ou à but non lucratif, accueillent en moyenne une cinquantaine de résidents. Prestations minimales obligatoires : logement, entretien des espaces collectifs, prévention de la perte d’autonomie, animations, restauration et blanchisserie accessibles, internet, et un dispositif de sécurité 24h/24.

Côté facture, RMC rapporte un loyer mensuel moyen un peu inférieur à 1 000 euros, contre un tarif moyen Ehpad supérieur à 2 500 euros par mois et un reste à charge d’environ 2 000 euros. La facture réelle d’une résidence autonomie combine redevance d’hébergement, prestations minimales et options. Les prix se consultent résidence par résidence dans l’annuaire officiel.

Sous conditions, les aides à domicile, en résidence autonomie et en établissement peuvent se combiner : caisses de retraite, APA à domicile dans certains cas, aide-ménagère, crédit d’impôt pour l’aide à domicile, téléassistance. Pour le logement, APL et ALS existent mais ne se cumulent pas. L’ASH n’est possible que si la résidence est habilitée à l’aide sociale à l’hébergement.

2 275 structures, 115 000 places : l’offre reste étroite

Selon l’Insee, la France compte 2 275 résidences autonomie, soit 115 000 places, contre 650 000 places en Ehpad. 3 quarts des personnes de plus de 85 ans vivent encore à domicile. Le secteur estime qu’il faudrait doubler les places en résidence autonomie d’ici 2030, et les multiplier par 5 d’ici 2050.

Glucksmann veut réserver l’Ehpad aux personnes très dépendantes ou aux pathologies lourdes, et orienter les autres vers ces résidences. Construire un logement individuel, espaces communs compris, coûterait environ 100 000 euros. Doubler la capacité actuelle représenterait un investissement initial d’environ 11 milliards d’euros. Les loyers ne couvrent qu’une partie du fonctionnement : l’État complète via la Sécurité sociale et le forfait autonomie de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, 44 millions d’euros cette année, un montant qui doublerait aussi dans ce scénario.

Le candidat affirme que retarder l’entrée en Ehpad ferait économiser à moyen terme, la prise en charge médicale étant plus coûteuse. Pour le déploiement, il propose une taxation accrue des hauts patrimoines, des plus gros héritages et des superprofits. Cette comparaison avec le financement et le reste à charge en Ehpad reste au cœur de la bataille budgétaire.

Un financement contesté, un modèle nordique en toile de fond

Édouard Philippe dénonce le flou financier et refuse une hausse d’impôts sur les plus aisés. Jean-Luc Mélenchon reproche de laisser une place au privé et plaide pour la nationalisation des résidences et des Ehpad. Marine Le Pen insiste plutôt sur le pouvoir d’achat des séniors pour qu’ils choisissent eux-mêmes leur lieu de vie.

Glucksmann s’appuie sur l’Europe du Nord, notamment les Pays-Bas, où des résidences mixtes logent séniors et étudiants : ces derniers sont hébergés gratuitement contre une trentaine d’heures par mois d’aide aux aînés, pour limiter l’isolement et les coûts.

Reste à arbitrer qui paie la construction, qui habilite à l’ASH, et si le forfait autonomie suivra vraiment le doublement des places. Tant que ces leviers ne sont pas calés, le « tout Ehpad » continue de peser par défaut.

Sources