L’Institut Montaigne ne propose pas un ajustement à la marge. Dans une note destinée au débat de 2027, le think tank libéral demande un effort immédiat des retraités, inscrit dans les 100 premiers jours d’un nouveau mandat, pendant que les cotisations des plus jeunes baisseraient.

Les dépenses de retraite sont chiffrées à 422 milliards d’euros par an, soit un quart de la dépense publique. Le rapport recense 42 régimes, 29,4 millions d’actifs en emploi, 17,2 millions de retraités et 750 000 nouveaux retraités chaque année. Les cotisations des actifs ne couvrent qu’une partie de la facture. Nicolas Laine, responsable du pôle Finances et efficacité de l’État, résume la ligne : les réformes des 30 dernières années ont surtout pesé sur les actifs ; si ceux-ci doivent travailler plus, les retraités doivent contribuer tout de suite.

3 leviers fiscaux et une quasi-désindexation sur le quinquennat

La mise à contribution des pensions déjà liquidées reposerait sur 3 instruments. Premier levier : la suppression des principaux avantages fiscaux, notamment les taux réduits de CSG et l’abattement d’impôt sur le revenu de 10%. Deuxième levier : une hausse de la CRDS. Troisième levier : une trajectoire de modération des pensions par sous-indexations successives. Sur le prochain quinquennat, la quasi-totalité des pensions serait totalement désindexée.

Ce n’est pas une loi. Ce sont des recommandations adressées aux candidats. Une loi de finances rectificative et une loi de financement rectificative de la Sécurité sociale engageraient dès la première année la suppression d’avantages fiscaux, une partie du transfert du remboursement de la CADES et la première annuité de modération. L’effort serait affecté pour moitié à la réduction du déficit du système, pour moitié à l’amélioration du niveau de vie des actifs.

Le rendement revendiqué atteint 84 milliards d’euros par an en 2032. La suppression des avantages fiscaux, le transfert d’une partie du remboursement de la dette sociale et la première annuité de modération produiraient près de 30 milliards dès le début du mandat, puis convergeraient vers 70 milliards par an en 2032.

Un régime unique, 65 ans et un troisième pilier obligatoire

L’autre moitié du plan vise l’architecture. Les 42 régimes disparaîtraient au profit d’un régime universel par répartition : un euro cotisé ouvrirait les mêmes droits, quel que soit le statut. L’âge d’annulation de la décote passerait de 67 à 65 ans pour tous. Chaque assuré pourrait liquider sa pension dès qu’un seuil minimal serait atteint, avec décote avant 65 ans et surcote en cas de départ plus tardif. Ce seuil de liquidation n’est pas chiffré dans la recommandation finale.

Le minimum vieillesse d’environ 1 000 euros serait maintenu pour les personnes âgées aux ressources insuffisantes, avec récupération sur succession. Ce plancher social n’est pas le seuil de liquidation : les 2 mécanismes ne se confondent pas.

Le système resterait mixte. Un pilier d’épargne retraite obligatoire par capitalisation, géré par des fonds agréés par l’État, s’ajouterait à la répartition. Pour les moins de 30 ans, la baisse de cotisations irait jusqu’à 8 points, soit un gain moyen annoncé de 152 euros par mois, orienté vers ces plans. Cette contrepartie pour les actifs se lit aussi à la lumière des scénarios de revalorisation dégressive des pensions pour 2027.

Reste l’inconnue politique. Rien n’est voté. La fenêtre des 100 jours, la désindexation presque générale et la suppression de l’abattement de 10% fixeront pourtant, dès l’ouverture de la campagne, le prix que certains candidats jugeront acceptable de demander aux pensions déjà versées.

Sources

  • https://www.institutmontaigne.org/npp-admin/uploads/notes/retraite-les-reperes-de-montaigne-6abb8579121a1408751536.pdf
  • https://www.letribunaldunet.fr/argent/institut-montaigne-retraites-100-jours-abattement-csg.html