À 72 ans, Danielle ne pensait pas devoir encore compter chaque euro. Sa retraite devait être le moment où elle pourrait enfin ralentir, après des années passées à travailler et à gérer les dépenses du quotidien. Mais avec 1 036 euros de pension par mois, son budget est devenu une succession de choix.

Le loyer tombe chaque mois. Puis viennent l’électricité, l’assurance, la mutuelle, le téléphone et les autres charges. Les courses sont l’une des rares dépenses sur lesquelles elle peut encore agir immédiatement.

« Je mange moins pour tenir le mois… »

Elle ne supprime pas totalement des repas, mais achète moins de viande, renonce à certains produits devenus trop chers et essaie de faire durer ses courses quelques jours supplémentaires. À la fin du mois, quelques dizaines d’euros peuvent faire toute la différence.

Avec 1 036 euros, quelques centaines d’euros de charges suffisent à faire basculer le budget

Pour une personne seule, une petite retraite peut rapidement devenir difficile à gérer dès lors qu’elle doit encore payer un loyer.

Avec 1 036 euros, un logement à 500 ou 550 euros absorbe déjà environ la moitié de la pension avant même de payer l’énergie, la complémentaire santé, l’assurance habitation ou l’alimentation.

C’est cette accumulation qui pèse désormais sur le quotidien de Danielle. Une dépense imprévue, une facture plus importante que prévu ou simplement quelques courses supplémentaires peuvent obliger à réduire autre chose.

Et contrairement à une personne encore en activité, ses revenus ont peu de chances d’augmenter brutalement. Les pensions de retraite de base ont bien été revalorisées de 0,9% au 1er janvier 2026, mais quelques euros supplémentaires par mois ne suffisent pas toujours à absorber l’ensemble des dépenses courantes.

À 1 036 euros de revenus, l’Aspa ne changerait presque rien

La situation est d’autant plus frappante lorsque l’on regarde le montant de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, l’Aspa.

En 2026, le plafond de ressources applicable à une personne seule est fixé à 1 043,59 euros par mois. L’Aspa fonctionne comme un complément permettant, sous conditions, d’atteindre ce niveau de ressources.

Si les 1 036 euros de Danielle correspondent à l’ensemble des ressources retenues pour le calcul et qu’elle remplit toutes les autres conditions, l’écart avec ce plafond ne représente que 7,59 euros par mois.

Autrement dit, même après avoir vérifié ses droits, elle pourrait rester avec à peine plus de 1 040 euros mensuels pour vivre.

Le logement devient alors la dépense décisive

Pour les retraités disposant de faibles revenus, le montant du logement peut faire toute la différence entre un budget serré et une situation où il devient nécessaire de réduire les dépenses alimentaires.

Une personne locataire peut notamment vérifier si elle peut bénéficier de l’APL ou de l’allocation de logement sociale. L’ALS est destinée aux personnes ne pouvant bénéficier ni de l’APL ni de l’ALF et son attribution dépend notamment des ressources et du logement occupé.

Pour Danielle, quelques dizaines ou centaines d’euros d’aide au logement pourraient donc modifier beaucoup plus son reste à vivre qu’une petite revalorisation annuelle de sa pension.

« Je ne pensais pas devoir faire attention à la nourriture à mon âge »

Le plus difficile n’est pas forcément de renoncer aux loisirs ou aux vacances. Lorsque le budget devient réellement contraint, ce sont des dépenses beaucoup plus élémentaires qui commencent à être réduites.

Faire durer un paquet plusieurs jours de plus, attendre une promotion, remplacer certains produits ou repousser un achat deviennent des habitudes.

Avec 1 036 euros par mois, Danielle n’est pourtant pas très éloignée du niveau maximal de ressources garanti par l’Aspa pour une personne seule. C’est justement ce qui rend sa situation révélatrice : même un revenu proche du minimum vieillesse peut être extrêmement difficile à concilier avec un loyer et les dépenses courantes.

À 72 ans, elle imaginait sa retraite comme une période où elle aurait moins de contraintes. Son principal calcul est aujourd’hui beaucoup plus basique : réussir à faire durer sa pension jusqu’au prochain versement, sans devoir encore réduire ce qu’elle met dans son panier de courses.

Sources

  • Assurance retraite : plafonds de ressources de l'Aspa applicables en 2026
  • Ministère du Travail et des Solidarités : revalorisation des pensions au 1er janvier 2026
  • Service-Public : allocation de logement sociale