Le Conseil d’administration de l’Agirc-Arrco a tranché le 14 octobre 2026 : les pensions complémentaires des salariés du privé augmenteront de 1,4% à compter du 1er novembre 2026. La décision est tombée le jour même où des centaines de retraités, dont une petite centaine à Pau, Bayonne et Agen, se rassemblaient devant des sièges du Medef pour réclamer davantage et pour contester l’effort de 5,5 milliards d’euros prévu dans le budget 2027.
La fourchette ouverte par l’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 allait de 1,2% à 1,9%. Elle partait d’une inflation hors tabac estimée à 2% par l’Insee pour 2026, diminuée de 0,4 point, avec une marge d’ajustement de plus ou moins 0,4 point, plafonnée par une progression prévisionnelle du salaire moyen par tête de 1,9%. Les partenaires sociaux ont retenu le milieu bas de cette fourchette. Le régime chiffre le coût à 1,4 milliard d’euros en année pleine et 21 milliards d’euros sur 15 ans, intégralement financés par ses ressources.
Une hausse après une année sans coup de pouce
En 2025, les complémentaires n’avaient pas été revalorisées, faute d’accord. André Davant, retraité de la métallurgie, l’a résumé devant la chambre de commerce de Bayonne : le patronat « voudrait n’augmenter que très peu nos pensions, alors que l’inflation nous réduit chaque année notre pouvoir d’achat ». Danielle Narbey, retraitée bayonnaise, décrit un budget courses qui « se dépasse très vite » et des sorties au restaurant abandonnées, aux côtés des dépassements d’honoraires et de l’accès aux soins.
L’Agirc-Arrco verse chaque mois une complémentaire à 14 millions de retraités, pour 101 milliards d’euros d’allocations par an. 28 millions de salariés cotisent encore. Le communiqué du 14 octobre 2026 insiste sur la « règle d’or » : des réserves équivalant à au moins 6 mois de pensions sur un horizon de 15 ans, un régime sans dette, et le souci de ne pas faire peser le financement actuel sur les générations suivantes. La valeur d’achat du point, habituellement fixée en octobre pour le 1er janvier suivant, est renvoyée à la négociation de l’accord 2027-2030.
Le détail de le taux officiel de 1,4% décidé après la mobilisation et ses effets sur la pension complémentaire confirme que 1,4% reste sous l’inflation de 2% retenue pour 2026.
Le budget 2027, autre cible des cortèges
Les rassemblements ne visaient pas seulement le Medef. Le projet de budget 2027, examiné à l’Assemblée nationale, prévoit 5,5 milliards d’euros d’économies imputés aux retraités. Parmi les pistes : réduire le plafond de l’abattement fiscal de 10% sur les pensions, et ne plus indexer sur l’inflation les retraites supérieures à 1 260 euros, soit 85% du smic net, pour 4,1 milliards d’euros. André Davant craint une hausse de CSG et un coup « au portefeuille ». Joël Yan, secrétaire de la section des retraités des PTT à Pau, parle d’un « budget d’austérité » où « c’est toujours les mêmes qui payent ».
Le débat sur le rabot de l’abattement fiscal de 10% et le rejet voté en commission des finances montre déjà que cette piste n’est pas figée dans le texte.
2 millions sous le seuil de pauvreté
En septembre 2024, les Petits frères des pauvres estimaient que 11% des retraités, soit 2 millions de personnes, vivaient sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 216 euros pour une personne seule, avec une surreprésentation des femmes aux carrières incomplètes ou à temps partiel. Danielle Recoul, veuve, 25 ans de travail et 3 enfants, affirme qu’elle n’aurait « pas tout à fait 1 200 euros par mois » sans la réversion de son mari. Evelyne Wichegrod, retraitée du ministère des Finances à Pau, insiste sur l’aide aux enfants et petits-enfants, et sur les veuves et les carrières hachées « dès le début du mois ».
Geneviève Cathala, SNES-FSU, venue devant le Medef d’Agen, accuse l’exécutif de fabriquer une « fracture sociale » entre générations. Une nouvelle journée nationale est prévue le 19 novembre à Paris, pendant que le budget 2027 continue son chemin et que le 1,4% Agirc-Arrco s’appliquera au 1er novembre 2026.



