Près d’un million de personnes âgées « assignées à résidence » : un rapport alerte sur les obstacles aux sorties
Rester chez soi ne signifie pas toujours pouvoir en sortir. Un rapport alerte sur les obstacles qui limitent les déplacements des personnes âgées.

Rester chez soi ne signifie pas toujours pouvoir en sortir. Dans un rapport publié le 1er octobre 2026, les Petits Frères des Pauvres alertent sur les difficultés de déplacement des personnes âgées. Près d’un million d’entre elles cumulent des limitations qui réduisent fortement leurs possibilités de sorties. Pour les familles, ce constat invite à regarder autrement le maintien à domicile.
Aller chercher du pain, retrouver une amie ou se rendre chez le coiffeur : ces déplacements ordinaires participent à une vie autonome. Lorsqu’ils deviennent compliqués, l’organisation quotidienne peut progressivement se refermer autour du logement. Les courses sont livrées, les rendez-vous reportés et les rencontres dépendent de la disponibilité des proches. Le domicile reste familier et rassurant, mais la liberté de choisir ses activités se réduit.
Ce que signifie l’expression « assignées à résidence »
Les Petits Frères des Pauvres utilisent cette expression pour désigner les personnes âgées qui marchent peu ou pas, ne conduisent plus et n’utilisent pas les transports en commun. Il ne s’agit donc pas d’une mesure administrative ni de l’affirmation qu’elles ne franchissent jamais leur porte. Le rapport décrit un cumul d’obstacles qui rend les déplacements particulièrement difficiles.
L’enquête, réalisée avec CSA Research, repose sur les réponses de 1 824 personnes de 60 ans et plus, interrogées en métropole, en Martinique et en Guadeloupe, ainsi que sur douze entretiens qualitatifs. Le chiffre proche d’un million est une estimation issue de cette étude, et non un décompte individuel des personnes concernées.
La peur de tomber peut suffire à renoncer à une sortie
Le rapport souligne qu’une personne âgée sur trois redoute une chute ou une perte d’équilibre pendant ses déplacements. Cette inquiétude concerne 45 % des plus de 80 ans. Les difficultés commencent parfois à l’intérieur même du domicile : une personne âgée sur dix y rencontre des obstacles pour se déplacer, une proportion qui atteint 28 % après 90 ans.
Pour comprendre la situation d’un proche, il faut ainsi examiner l’ensemble du trajet. Pouvoir s’asseoir dans une voiture ne signifie pas pouvoir descendre seul jusqu’au parking. Un transport disponible à proximité ne résout pas nécessairement le franchissement des escaliers, l’attente debout ou le retour jusqu’à l’appartement. L’accompagnement doit correspondre au déplacement complet.
Vivre à domicile ne garantit pas de conserver une vie sociale
Le rapport estime que plus de trois millions de personnes âgées se sentent isolées en raison de leurs difficultés de déplacement. Ce résultat rappelle qu’un logement adapté aux gestes quotidiens ne répond pas, à lui seul, à tous les besoins. Recevoir ses repas et bénéficier d’une aide pour le ménage ne remplace pas la possibilité de retrouver ses habitudes à l’extérieur.
Pour une famille, une question concrète peut ouvrir la discussion : « Qu’aimerais-tu faire dehors que tu ne fais plus aujourd’hui ? » La réponse peut être très simple : retourner au marché, visiter une connaissance, se recueillir au cimetière ou prendre un café dans son quartier. Elle permet de partir du souhait de la personne, sans décider à sa place de ce qui devrait lui faire plaisir.
Repérer ce qui empêche réellement le déplacement
Avant de rechercher un service, il est utile de préciser l’obstacle. Est-ce l’absence de voiture, le coût du trajet, une difficulté à marcher, l’inaccessibilité de l’immeuble ou le besoin d’une présence rassurante ? Plusieurs difficultés peuvent se cumuler. Les identifier évite de réserver une prestation qui ne répondrait qu’à une partie du problème.
Une première démarche consiste à préparer avec le proche une sortie qu’il souhaite réaliser, puis à en détailler les étapes : départ du logement, transport, temps sur place et retour. Qui ouvre les portes ? L’accompagnateur reste-t-il pendant le rendez-vous ? Peut-on s’asseoir en attendant ? Ces précisions sont utiles lors du premier contact avec un prestataire. Si une difficulté physique nouvelle apparaît, elle mérite aussi d’être signalée au professionnel de santé qui suit la personne.
Le CCAS peut orienter vers les solutions disponibles localement
Le centre communal d’action sociale, ou CCAS, constitue un interlocuteur pour connaître les dispositifs du territoire. Certaines communes et certains départements proposent des transports à la demande, des navettes ou des tarifs réduits pour les transports collectifs. L’existence du service, ses horaires, son coût et les critères d’accès varient selon le lieu de résidence.
Des organismes de services à la personne proposent également un accompagnement adapté, du domicile jusqu’à la destination. Le point d’information local dédié aux personnes âgées peut aider à identifier ces prestations. Lors de la demande, mieux vaut préciser d’emblée les besoins : présence d’escaliers, utilisation d’un fauteuil, accompagnement pendant l’activité et nécessité d’un retour à une heure déterminée.
Sortir Plus peut financer un accompagnement à partir de 75 ans
Pour les retraités Agirc-Arrco âgés de 75 ans et plus qui sont fragilisés ou rencontrent des difficultés de déplacement, le service Sortir Plus permet d’organiser des sorties accompagnées à pied ou en véhicule. Il peut s’agir de courses, d’une promenade, d’une visite à des proches ou d’un rendez-vous.
La demande s’effectue auprès d’un conseiller au 0 971 090 971. Celui-ci vérifie l’éligibilité et organise l’intervention. Les prestations sont prises en charge dans la limite d’un plafond annuel, sans avance de frais pour les sorties couvertes. Il faut anticiper la demande, en particulier pour une première utilisation, et vérifier les disponibilités ainsi que les modalités d’accompagnement.
Préserver les sorties sans tout faire reposer sur la famille
L’objectif n’est pas de multiplier les déplacements à tout prix, mais de permettre à la personne de conserver ceux auxquels elle tient. Un rendez-vous régulier, préparé avec elle et compatible avec ses capacités, peut constituer un point de départ. Les proches peuvent participer à cette organisation tout en recherchant des relais professionnels, associatifs ou municipaux.
Les Petits Frères des Pauvres formulent seize préconisations autour du logement, de l’espace public, des transports et de la préservation de l’autonomie. À l’échelle familiale, la démarche peut commencer par une vérification simple : le proche reste-t-il chez lui par choix, ou parce qu’un obstacle l’empêche de sortir ? La réponse permet d’orienter l’aide vers ce qui lui manque réellement.
Sources
Petits Frères des Pauvres — Mobilités et isolement des personnes âgées : ce que révèle le rapport 2026, publié le 1er octobre 2026, dossier actualisé le 6 octobre 2026 : https://www.petitsfreresdespauvres.fr/sinformer/prises-de-position/mobilite-des-personnes-agees/
Petits Frères des Pauvres — Mobilités et isolement : six chiffres à retenir du rapport 2026, publié le 1er octobre 2026 : https://www.petitsfreresdespauvres.fr/sinformer/actualites/mobilites-et-isolement-6-chiffres-a-retenir-du-rapport/
Portail national d’information pour les personnes âgées et leurs proches — Les solutions de transport : https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/preserver-son-autonomie/preserver-son-autonomie-et-sa-sante/les-solutions-de-transport
Portail national d’information pour les personnes âgées et leurs proches — Le service Sortir Plus pour renouer avec l’extérieur : https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/preserver-son-autonomie/preserver-son-autonomie-et-sa-sante/le-service-sortir-plus-pour-renouer-avec-l-exterieur


