Plusieurs centaines de bureaux de La Poste pourraient changer de statut d’ici la fin de 2027. Selon des éléments transmis aux comités sociaux et économiques du groupe et révélés par Mediapart, une partie des sites serait transformée en agences postales communales ou en relais chez des commerçants. D’autres pourraient fermer. Le groupe ne confirme pas ces listes, mais ne les dément pas non plus.

Sud-PTT recense 471 bureaux concernés par une transformation. TF1 Info évoque 441 bureaux traditionnels. L’écart reflète des documents internes encore en discussion, pas un arrêté public. La Poste, contactée, présente ces fichiers comme « une liste de discussion et de travail avec les élus locaux afin d’identifier les solutions les mieux adaptées aux besoins des territoires ».

Un bureau classique n’offre pas le même service qu’un relais

Un bureau traditionnel peut réaliser près de 150 opérations : courrier, colis, mais aussi services bancaires, d’assurance et d’accompagnement administratif. Une agence communale ou un relais commerçant se concentre surtout sur le courrier, les timbres, les recommandés et les colis. « Ce n’est pas du tout le même service », a résumé la secrétaire générale de la Fédération Sud PTT, en soulignant qu’une agence communale et un relais « ne peuvent pas faire d’opérations bancaires » et en évoquant un « impact en termes de pouvoir d’achat pour les usagers ».

Ce recul du guichet change la sécurité des opérations bancaires lorsque l’accès au guichet de proximité recule. Virements, retraits, ouverture de compte ou démarches liées à La Banque Postale basculent alors vers un autre bureau, parfois plus éloigné, ou vers des canaux numériques. Le basculement n’est pas anodin pour les personnes qui s’appuient encore sur le contact physique.

La Nouvelle-Aquitaine en tête des régions citées

D’après une carte issue des CSE et diffusée par Sud PTT, une grande partie des sites visés se situent dans des communes de moins de 5 000 habitants. Les grandes villes ne sont pas hors champ : Lyon pourrait perdre 5 bureaux, Grenoble 3, Marseille 8, Strasbourg 7.

La Nouvelle-Aquitaine apparaît comme la région la plus citée, avec 73 bureaux impactés, devant Auvergne-Rhône-Alpes (68), le Grand Est (62) et Bourgogne-Franche-Comté (36). Centre-Val de Loire, Bretagne et Pays de la Loire figurent aussi parmi les territoires concernés.

Même des agences communales déjà en place pourraient reculer

TF1 Info rappelle qu’environ 1 500 bureaux ont déjà disparu en 9 ans. Le modèle d’agence communale, où une secrétaire de mairie assure une partie du service postal, est précisément celui que La Poste veut étendre. Dans Le Tourneur (Calvados), commune d’environ 600 habitants, Gaëlle Suzanne cumule ainsi les fonctions de secrétaire de mairie et de postière.

À Souleuvre-en-Bocage, également dans le Calvados, le maire Régis Dolicaire a indiqué avoir appris il y a quelques semaines qu’une fermeture était envisagée alors que le bureau traditionnel avait déjà cédé la place à une agence communale. « C’est inadmissible, c’est un abandon du service public », a-t-il déclaré au 13H de TF1.

Des habitants interrogés sur place parlent de déplacements vers de plus grandes villes, du coût de l’essence et de la situation des personnes âgées peu mobiles. Une habitante a toutefois reconnu qu’elle se rendait très rarement à La Poste. La fréquentation en baisse est précisément l’argument avancé pour justifier ces évolutions : 18 milliards de lettres étaient envoyées en 2008, contre 5 milliards aujourd’hui.

Un plancher légal de 17 000 points de contact, pas de 17 000 bureaux

La direction rappelle que la loi lui impose d’avoir au minimum 17 000 points de contact sur le territoire, un seuil qu’elle dit respecter. Ce plancher mélange bureaux, agences communales et relais. Il ne garantit donc ni le maintien des opérations bancaires, ni la présence d’un guichet dans chaque commune aujourd’hui desservie.

Tant qu’aucune liste officielle n’est publiée, les mairies et les organisations syndicales restent les premiers à voir circuler les hypothèses. Pour les usagers, le point de bascule n’est pas seulement l’horaire d’ouverture : c’est la disparition possible, au même endroit, du courrier et du compte. Les difficultés et risques liés au basculement des démarches administratives vers le numérique se posent déjà ailleurs ; ils se poseraient plus tôt encore si le dernier guichet capable d’opérations bancaires s’éloigne sans calendrier public.

Sources

  • https://www.capital.fr/economie-politique/la-poste-pourrait-fermer-des-centaines-de-ses-bureaux-dici-2027-le-votre-est-il-concerne-1530514
  • https://www.tf1info.fr/regions/video-la-poste-pourrait-transformer-441-bureaux-traditionnels-en-points-relais-2466087.html