Avant d’embaucher, Thomas Laffitte pousse la porte du domicile de sa mère Cathy, un sac de médicaments à la main. Ce 6 octobre 2026, Journée nationale des aidants, le Girondin de 49 ans rejoue le même rituel depuis 3 ans : ambulance à 13h15, montre à réparer, rendez-vous chez le coiffeur, post-it collés pour la journée. Puis il reprend son poste de directeur d’une compagnie de mutuelle santé.

Les 11,5 millions de personnes qui accompagnent un proche âgé, un enfant malade ou en situation de handicap travaillent souvent en parallèle. D’ici à 2030, un actif sur 4 sera concerné. Le quotidien décrit en Gironde n’est pas une exception : c’est déjà une organisation permanente, avec ses aléas et ses limites financières.

2 journées en une, sans filet quand l’auxiliaire rate le bus

Cathy a perdu une grande part d’autonomie après un cancer et plusieurs opérations. Son fils orchestre les médicaments, les rendez-vous médicaux et les imprévus, notamment lorsque les auxiliaires de vie ont un souci de transport. « Il faut être la variable d’ajustement en permanence », résume-t-il.

Cathy accepte mal cette dépendance. Elle confie, en sanglotant, que cela l’ennuie beaucoup, tout en reconnaissant qu’elle ne sait pas comment elle ferait sans lui. Thomas télétravaille 3 à 4 jours par semaine. Cela n’a pas suffi : à un moment, il ne pouvait plus tout gérer et a dû renoncer à des fonctions.

Il a consigné cette « vie double » dans un livre, Aidants, les héros de l’ombre, entre nuits blanches, batailles administratives et moments de tendresse. L’emploi, dit-il, développe aussi d’autres compétences : adaptation, empathie, capacité à mener plusieurs sujets de front. Il n’efface pas l’épuisement.

73% craignent de ne plus tenir, alors que 65% des aidés resteraient sans domicile autonome

Une enquête OpinionWay pour Astellas Pharma France dresse un paradoxe net. Sans les aidants, 65% des personnes aidées ne pourraient pas rester vivre à domicile. Pourtant, 73% des aidants interrogés affirment avoir parfois peur de ne plus tenir. 61% ont régulièrement le sentiment de passer à côté de leur propre vie.

À Mérignac, Yvonne Costet, enseignante et aidante, s’est longtemps sentie seule avant de trouver un Relais des aidants. Elle y a obtenu un accompagnement juridique et une session bien-être. Laure Chinot, coordinatrice du relais, rappelle que le travail reste, pour beaucoup, une forme de répit social… à condition d’obtenir des aménagements qui tiennent à la fois pour l’employeur et pour l’aidant. Les droits et aménagements professionnels des salariés aidants restent trop souvent ignorés jusqu’au point de rupture.

L’AJPA à 66,64 euros par jour depuis le 1er janvier 2026, avec un plafond serré

Le congé de proche aidant permet de suspendre ou de réduire l’activité pour accompagner un proche en situation de handicap ou un proche âgé en perte d’autonomie. L’allocation journalière du proche aidant (AJPA), versée par la CAF ou la MSA selon le régime, indemnise ce congé.

Depuis le 1er janvier 2026, le montant officiel est de 66,64 euros par jour, et 33,32 euros pour une demi-journée. Le versement est plafonné à 22 jours par mois et à 66 jours pour chaque personne aidée, dans la limite de 4 personnes aidées au cours de la vie professionnelle. Les montants 2026 de l’AJPA, congés et solutions concrètes de répit conditionnent tout calcul de trésorerie quand l’aidant doit poser des jours.

Les conditions d’ouverture sont strictes. L’aidant doit avoir un lien étroit avec la personne aidée (conjoint, concubin, partenaire pacsé, ascendant, descendant, ou vivre sous le même toit) et apporter une aide régulière. Il doit réduire ou cesser ponctuellement son activité : salarié ou fonctionnaire ayant demandé le congé à l’employeur, travailleur indépendant, conjoint collaborateur, VRP, salarié d’un particulier employeur, stagiaire de formation rémunérée ou chômeur indemnisé qui suspend sa recherche.

L’AJPA n’est pas versée à un retraité, à une personne sans activité, ni à qui ne perçoit pas d’indemnités chômage. La personne aidée doit présenter un taux d’incapacité d’au moins 80% reconnu par la MDPH, ou une perte d’autonomie en GIR 1 à 4 avec l’APA.

L’allocation n’est pas cumulable avec un large éventail de prestations : indemnités de maternité, de paternité, d’adoption, de maladie ou d’accident du travail, indemnités chômage (suspendues pendant le versement), PreParE, complément et majoration de l’AEEH pour le même enfant, AAH, allocation journalière de présence parentale, allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie.

Entre le plafond de 66 jours, les non-cumuls et le reste à charge du quotidien, la variable d’ajustement reste, trop souvent, le salarié qui arrive le matin avec le sac de médicaments avant d’ouvrir sa messagerie professionnelle.

Sources

  • https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/a-un-moment-donne-je-ne-pouvais-plus-tout-gerer-salarie-et-aidant-le-quotidien-epuisant-de-thomas-aupres-de-sa-mere-malade-3428028.html
  • https://www.tf1info.fr/conso-argent/trois-aidants-sur-quatre-craignent-de-ne-plus-pouvoir-assumer-leur-role-l-aide-financiere-qui-existe-pour-les-soutenir-2467244.html
  • https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/actualites/ce-qui-change-au-1er-janvier-2026