Autour d’une table de scrabble, des octogénaires rient et cherchent leurs mots. Le décor n’est ni un Ehpad ni un appartement isolé. À Houdain-lez-Bavay, dans le pays de Mormal (Nord), La Marguerite des Champs accueille 8 personnes âgées qui veulent encore une vie à elles, sans rester seules chez elles.

Le lieu occupe un ancien corps de ferme de 600 mètres carrés. Chaque locataire conserve son espace, son rythme et le droit de sortir ou de recevoir. Le loyer s’élève à près de 1 000 euros par mois. Ouvert en octobre 2023, le projet est aujourd’hui intégralement occupé.

Un ancien corps de ferme plutôt qu’une chambre d’établissement

Damien Debrauwer, à l’origine du projet et coordinateur de l’habitat, le dit sans détour : il manquait une solution logement pour les seniors en milieu rural. En ville, des formules existent. À la campagne, le choix se réduit trop souvent à rester chez soi ou à entrer en établissement.

L’idée lui vient de sa grand-mère. Elle ne trouvait pas de logement à son goût et refusait l’Ehpad, qu’elle jugeait encore trop tôt. La devise du lieu reprend ce refus : venir avec son caractère et ses habitudes, et continuer à vivre comme avant. Les affinités, elles, se forment ensuite.

Bertha raconte avoir été conquise tout de suite. Marie-Claude, elle, a vu une publicité, est venue avec sa fille Estelle et a signé. Elle parle de prévoyance. Elle ne voulait pas que ses enfants soient embêtés. Elle a même été prête à changer de département. Habituée à la vie en caserne, la communauté ne lui pose pas de problème, à condition de pouvoir s’isoler pour regarder la télévision. Sa sœur peut débarquer quelques jours à l’improviste.

Potager, poulailler et chef le jeudi

Gilberte est d’abord passée 2 ans plus tôt pour un court séjour de 2 mois, le temps de tester. Elle vivait dans la Nièvre. Elle a fini par déménager pour se rapprocher de sa fille. Ce qui la retient surtout, c’est le potager. Les résidentes cuisinent des légumes de saison, récupèrent les œufs du poulailler, demandent que l’on plante des haricots. Un chef vient même le jeudi.

Renée insiste sur le café, les gâteaux et le fait de ne pas rester seule. Marie-Claude et Michelle parlent de « petits plaisirs », de bêtises qui restent entre elles, et de tout ce que l’on oublie de tracer. Marie-Claude a emporté ses broderies et des souvenirs de voyage. Le logement reste le sien, même si la grande pièce à vivre rythme les après-midi.

Ce n’est pas un établissement médicalisé. C’est un habitat. La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) décrit l’habitat inclusif comme un habitat accompagné, partagé et inséré dans la vie locale, complémentaire du domicile ordinaire et de l’accueil en établissement. Les habitants y vivent seuls, en couple ou en colocation, avec des espaces individuels et des temps communs. Un professionnel peut animer, coordonner ou réguler le vivre ensemble.

Locataires, APA et reste à charge : ce que le loyer ne dit pas

Les habitants sont locataires, colocataires ou propriétaires. Ils ont les mêmes droits et devoirs que dans un logement ordinaire. Ils peuvent demander les aides individuelles auxquelles ils sont éligibles. Les prestations d’autonomie, comme l’APA à domicile après une évaluation dans le logement réel, restent liées aux besoins de chacun. Elles ne sont pas mutualisées sans l’accord de la personne.

Le montant d’environ 1 000 euros par mois n’inclut donc pas, à lui seul, le coût d’une aide humaine. Il ne se compare pas non plus, tel quel, à une facture d’Ehpad. Pour une personne déjà très dépendante, le calcul change. Les aides qui réduisent le reste à charge en Ehpad n’ont pas le même fonctionnement qu’un loyer de colocation rurale.

La Marguerite des Champs répond à un créneau précis : 8 places, un bien ancien reconverti, une vie encore autonome, un coordinateur sur place. Damien Debrauwer le résume comme une solution logement, pas comme un substitut à l’accompagnement médical lourd. Le lieu est plein. D’autres projets du même type, en campagne, restent rares.

Les résidentes, elles, parlent d’amitié, de neurones à faire travailler et d’un calme qui rassure les familles. La question ouverte n’est plus seulement de savoir si l’on « entre » quelque part, mais si l’on peut encore choisir un toit où l’on emporte ses broderies.

Sources

  • https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/j-ai-trouve-la-solution-ideale-ce-lieu-d-un-genre-nouveau-accueille-les-personnes-agees-ne-souhaitant-ni-vivre-en-ehpad-ni-en-totale-autonomie-3422201.html
  • https://www.cnsa.fr/informations-thematiques/lieux-et-cadre-de-vie/habitat-inclusif