À Besançon, des familles accusent l’Ehpad Granvelle de négligences médicales après une nuit sans surveillance
Après une nuit sans personnel en août 2026, des familles dénoncent des maltraitances à l’Ehpad Granvelle de Besançon, propriété de Domus Vie.

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Dans la nuit du 8 au 9 août 2026, environ 96 pensionnaires de l’Ehpad Granvelle, à Besançon, sont restés sans surveillance. L’établissement, propriété du groupe Domus Vie, a présenté l’épisode comme un « dysfonctionnement » exceptionnel. Plusieurs familles d’anciens résidents, elles, y voient la suite d’un quotidien dénoncé depuis 2020 : suivi médical lacunaire, hygiène défaillante, sous-effectif et perte de dignité.
Une nuit sans personnel, puis des récits qui se recoupent
La direction a assuré, dans un communiqué transmis à France 3 Franche-Comté, que la situation ne correspondait « en aucun cas » à ses standards de prise en charge. Les proches interrogés par la chaîne régionale parlent au contraire d’un événement « malheureusement prévisible ».
Entre 2020 et 2025, leurs courriers, mails et signalements décrivent le même enchaînement : une première période rassurante, puis une dégradation rapide dès qu’une pathologie, une chute ou une plaie exige un vrai suivi. Le tarif avancé par l’une des familles, 4 000 euros par mois, renforce le sentiment d’un écart entre l’image « haut de gamme » et les soins réellement délivrés. Ce reste à charge en Ehpad pèse d’autant plus lourd lorsque les proches estiment que l’argent n’achète pas la continuité médicale.
Micheline Corne, une plaie restée sans examen spécialisé
Micheline Corne, atteinte de la maladie d’Alzheimer, a séjourné à Granvelle de février 2017 à février 2020. Elle est morte le 12 mars 2020, à 84 ans. Son fils, Christophe Corne, a écrit le 30 août 2020 au procureur de la République de Besançon, Étienne Manteaux, pour porter plainte.
Il décrit des goûters non distribués, des aides-soignantes absentes, des médicaments mal donnés. Le 10 janvier 2020, une plaie « conséquente » est découverte sur un orteil. Antibiotiques, puis morphine : sa mère « dort toute la journée », s’alimente et boit presque plus. Une radio prescrite hors de l’Ehpad, le 27 février, montre une infection du pied entier, avec amputation envisagée. 6 semaines se sont écoulées sans avis de spécialiste dans l’établissement, selon le fils. Micheline meurt d’une infection pulmonaire avant l’opération. La plainte, confiée au commissariat de Besançon le 26 novembre 2020, a été classée sans suite le 3 août 2026, 5 jours avant la nuit sans surveillance.
Gérard, escarre au stade de la nécrose et morphine
Gérard, atteint de Parkinson, s’est cassé le fémur 2 semaines après son entrée, en marchant avec un déambulateur. Après l’opération, le personnel lui a mis des couches en lui disant qu’il pouvait « se faire dessus », raconte sa fille Françoise. Pas de rééducation, fauteuil inadapté, puis escarre découverte par la famille au stade de la nécrose. Morphine, état « shooté », infection pulmonaire, chute du lit. Un médecin d’hospitalisation à domicile évoque dénutrition, escarre non soignée et surdosage de morphine. Gérard meurt 5 jours plus tard.
Des mails consultés par France 3 signalent habits sales, chambre non entretenue, cachets non donnés. Un inspecteur de l’ARS, saisi pour « prise en charge médicale déficiente », a demandé une information plus régulière de la fille et une « amélioration de l’entretien de la chambre ». L’état de Gérard a continué de se dégrader.
Yvette et un père sorti au bout de 5 semaines
Véronique décrit une première visite « magnifique », salle à manger type restaurant, chambres impeccables. Puis le « flou » sur le suivi, une direction inaccessible, un sous-effectif déjà documenté au niveau national. Sa mère Yvette, morte à 97 ans, ne parlait plus la dernière année. Changer d’établissement à cet âge paraissait trop risqué.
Marc, professionnel de santé, a retiré son père en moins de 2 mois. En 5 semaines, 5 kilos perdus, escarres, nourriture jugée inadaptée, injonction de « se faire dessus ». Dans un autre Ehpad, le poids est revenu, les escarres ont disparu, la douleur a été prise en charge. Pour lui, Granvelle n’est « pas la même situation dans tous les Ehpad » : beaucoup de « paraître », motivation « mercantile ».
L’ARS, le gel des admissions et le plan d’urgence de Domus Vie
L’ARS Bourgogne-Franche-Comté indiquait, avant août 2026, que l’établissement se conformait à ses obligations de déclaration. Relancée, elle a précisé que les réclamations fluctuaient sans hausse régulière entre 2022 et 2025 (conflits avec des familles, chutes, quelques faits de violence ou liés aux soins). En 2026, 7 situations avaient été portées à sa connaissance avant l’événement d’août, davantage axées sur les conditions de prise en charge.
Une visite de contrôle a eu lieu le 24 août. Les autorités ont demandé un plan d’actions et recommandé la suspension temporaire des admissions, acceptée par l’Ehpad, « dans un contexte de fortes tensions sur les ressources humaines ». Une enquête de la gendarmerie de Saint-Vit pour défaut de soin et/ou maltraitance, ouverte après le témoignage d’une petite-fille, a été classée sans suite le 24 mars 2025.
Domus Vie a présenté un plan d’urgence : encadrant présent du lundi au vendredi jusqu’à 20 h, registre d’émargement pour les passations, conseil de la vie sociale mensuel au lieu de 3 fois par an, procédures disciplinaires. Contactés à plusieurs reprises, la direction de Granvelle et le groupe n’ont pas répondu au-delà du communiqué d’août. Selon L’Agefi, Domus Vie avait été valorisé à 4,3 milliards d’euros en 2021. Le groupe a contesté des révélations de Cash Investigation sur l’optimisation fiscale et les propriétaires de chambres.
Les familles, elles, disent encore s’inquiéter pour ceux qui restent dans les chambres.
Sources
- https://france3-regions.franceinfo.fr/bourgogne-franche-comte/doubs/besancon/on-lui-a-enleve-sa-dignite-des-familles-denoncent-de-graves-negligences-medicales-et-des-maltraitances-repetees-a-l-ehpad-granvelle-de-besancon-3423125.html
- https://www.estrepublicain.fr/economie/2026/08/18/un-ehpad-toute-une-nuit-sans-personnel-des-familles-choquees


