En 2026, 3,2 millions de personnes âgées sont en perte d’autonomie en France, soit une sur 4. Pourtant, 53% d’entre elles ne reçoivent aucune aide au quotidien. L’étude menée par Oui Care avec CSA Research, publiée le 12 octobre 2026, décrit un paradoxe : beaucoup refusent un accompagnement professionnel pour préserver une indépendance déjà fragilisée.
Parmi ceux qui n’ont pas recours à une aide professionnelle, 63% invoquent précisément la crainte de perdre leur autonomie. L’intervention d’un tiers reste associée, pour une partie des intéressés, à un aveu de dépendance plutôt qu’à un moyen de rester chez soi.
Rester chez soi d’abord, mais sans reconnaître ses fragilités
Le maintien à domicile reste la priorité affichée : 60% des seniors le placent en tête de leurs préoccupations pour l’avenir, devant la possibilité de rester maîtres de leurs décisions, citée par 36%. Cette aspiration se heurte à la difficulté d’admettre des gestes devenus lourds : toilette, courses, ménage, déplacements.
Certains continuent de se considérer autonomes alors que le quotidien s’est déjà dégradé. Faire entrer un intervenant peut alors être vécu comme un changement de statut, une intrusion dans l’intimité, ou la perte de contrôle sur les décisions. Les mots pèsent : « soutien » et « confort » passent parfois mieux que « aide » ou « dépendance ».
Ce décalage retarde souvent le moment où une évaluation de la perte d’autonomie, GIR et plan d’aide APA à domicile pourrait organiser un accompagnement adapté, avant que la situation ne bascule.
Une image positive des professionnels, une information encore trop floue
Le refus n’est pas forcément une défiance envers les services. 90% des seniors déjà accompagnés par une entreprise de services à domicile en ont une bonne image. Le blocage se situe ailleurs : demander de l’aide revient encore, pour beaucoup, à reconnaître qu’on ne peut plus tout faire seul.
La confiance joue un rôle central. Retrouver le même intervenant, commencer par une prestation perçue comme moins intrusive (le ménage, par exemple) peut ouvrir la porte à un accompagnement plus large. Mais la relation humaine ne lève pas tous les obstacles.
Seul un senior sur 2 estime être bien informé sur les solutions existantes. Plus de la moitié ne sait pas où se renseigner sur les aides financières. Les démarches arrivent alors tard, quand les besoins se sont déjà aggravés. Des aides concrètes disponibles pour la personne âgée et son proche aidant existent pourtant, du plan d’aide départemental au droit au répit, mais elles restent mal identifiées au moment où elles seraient le plus utiles.
Les familles prennent le relais, au prix de leur vie sociale et de leur santé
Quand le recours professionnel est refusé ou reporté, les proches s’organisent. Dans 72% des situations évoquées par l’étude, les familles déclarent apporter elles-mêmes de l’aide. Elles sont également 70% à indiquer prendre les décisions importantes concernant leur proche.
Cette charge n’est pas anodine. 38% des aidants citent la disponibilité permanente comme principale difficulté, devant l’inquiétude constante (36%) et la charge mentale (34%). 35% déclarent un impact négatif sur leur vie sociale, 32% sur leur santé mentale et 29% sur leur santé physique.
Le regard social aggrave le retard. 78% des personnes âgées de 60 à 70 ans estiment que la société porte un regard négatif sur le vieillissement. Anticiper une perte d’autonomie revient alors à affronter une image que beaucoup veulent encore éloigner.
Une campagne pour « oser se faire aider »
Pour Guillaume Richard, PDG du groupe Oui Care, « trop de seniors associent encore l’aide à une perte de liberté, alors qu’elle devrait être perçue comme un moyen de la préserver ». Le groupe défend une campagne nationale « Osez vous faire aider », sur le modèle des campagnes de santé publique, dans le cadre de son plan grand âge.
L’objectif affiché est de faire évoluer les représentations et de favoriser un accompagnement à domicile choisi, accessible et adapté. Les chiffres de l’étude montrent que, sans ce basculement, le maintien à domicile continue de reposer d’abord sur les familles, alors que plus d’un senior concerné sur 2 reste sans aide au quotidien.



