Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a présenté le 10 septembre 2026 un focus prospectif, « Choisir son travail demain », qui place l’allongement de la durée d’activité au cœur du financement de la protection sociale. L’une des options retenues consiste à augmenter la durée de cotisation de 3 à 4 ans d’ici 2050. Aujourd’hui, hors régimes spéciaux, cette durée se situe entre 42 et 43 ans.

Cette piste n’est pas une réforme votée. Elle s’inscrit dans des travaux d’orientation pour 2035 et 2050, présentés notamment par Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie, et par Antoine Foucher, qui a exposé le document. L’enjeu affiché est de « réinventer un modèle de prospérité par le travail » alors que le schéma des 30 Glorieuses, selon M. Beaune, est « clairement à bout ».

Un ratio d’actifs qui se dégrade jusqu’en 2050

Le document officiel part d’un constat démographique. Aujourd’hui, pour une personne inactive de 65 ans et plus, 3 personnes sont en activité. Sans modification substantielle de l’activité, ce ratio tomberait à 2,6 en 2035, puis à 2,2 en 2050. Le nombre de personnes en perte d’autonomie est projeté à 3,6 millions en 2050, pour un coût estimé à 20 milliards d’euros, contre 11,2 milliards aujourd’hui pour 2,7 millions de personnes.

Les cotisations sociales sur les salaires restent, selon le Plan, le principal carburant des dépenses de santé et de retraite. Le focus souligne aussi que la France travaille 2 à 3 ans de moins que d’autres pays européens, sans compenser par un niveau supérieur de qualification ou de productivité. L’allongement du temps de travail pendant la vie est présenté comme un effet quasi mécanique du vieillissement, distinct de la distinction entre retraite de base, complémentaire Agirc-Arrco et décisions réellement actées.

2 leviers, dont un départ plus tardif selon l’âge d’entrée

Plusieurs options sont avancées pour augmenter la durée du travail d’ici 2050. La première consisterait à assouplir l’acquisition des droits, en permettant de valider un trimestre dès 150 heures, soit l’équivalent d’un quart-temps sur un trimestre, et à unifier les règles de calcul sur le principe de la réforme avortée de 2019 : chaque euro cotisé, ou acquis pour chômage ou congé de naissance, ouvrirait les mêmes droits, quel que soit le régime ou le statut.

La seconde option vise précisément une hausse de 3 à 4 ans de la durée de cotisation. Antoine Foucher a illustré le raisonnement : une personne entrée à 18 ans viserait 64 ans plutôt que 61 ans ; une personne entrée autour de 23-24 ans viserait plutôt 70 ans. Ces exemples décrivent un allongement de carrière, pas un nouvel âge légal fixé par la loi. Ils ne se confondent pas non plus avec la différence entre une proposition prospective et les règles de calcul effectivement en vigueur.

Le rapport évoque aussi, comme alternative, « une forme de retraite à points qui permette de moduler l’activité au cours de la vie ». Rapprocher les droits entre statuts n’équivaut pas, à ce stade, à ressusciter le système universel de 2019.

Compétences, temps partiel et pouvoir d’achat du travail

L’allongement n’est qu’un volet. Le Plan veut investir massivement dans les compétences, avec l’objectif, à l’horizon 2035, de porter le nombre d’apprentis au niveau allemand, soit 1,5 million de jeunes. À l’horizon 2050, il propose un « droit à la reconversion universel » : chaque salarié disposerait, au moins une fois dans sa vie, d’un droit de tirage de 6 mois à 1 an.

Pour adapter le temps de travail aux étapes de la vie, le document relance un compte épargne temps universel (CETU), objet d’un accord en 2024 entre la CFDT, la CFTC et l’U2P, mais non inscrit dans la loi à ce jour. Il appelle aussi à un droit au temps partiel en fin de carrière, sur un modèle nordique du type 80 % de temps de travail, 90 % de rémunération et 100 % de droits à la retraite, à concerter entre syndicats, patronat et État, afin de limiter les sorties anticipées des seniors.

À court terme, le seul levier identifié pour améliorer le pouvoir d’achat du travail reste de réduire l’écart entre salaire brut et salaire net, en élargissant la base fiscale. Le taux d’emploi des 15-64 ans, de 69 % en 2025, serait porté à 74 % en 2035 puis à 78 % en 2050, contre une trajectoire tendancielle plus basse. Les seniors porteraient la moitié du gain d’ici 2035 ; femmes et jeunes en porteraient les 3 quarts d’ici 2050, pour 1,2 million d’emplois supplémentaires en 2035 et 2,1 millions en 2050, sous l’hypothèse d’un chômage moyen à 7 %.

Reste ouverte la question de l’emploi réel des 60-70 ans : une durée de cotisation plus longue ne crée pas, à elle seule, les postes, la formation et la prévention de l’usure nécessaires pour tenir ces années supplémentaires.

Sources

  • https://www.strategie-plan.gouv.fr/publications/france-2035-france-2050-focus-choisir-son-travail-demain-etre-plus-libres-et
  • https://www.moneyvox.fr/retraite/actualites/110323/le-haut-commissariat-au-plan-preconise-de-travailler-3-a-4-ans-de-plus
  • https://www.economiematin.fr/retraites-haut-commissariat-plan-reforme